Selon Jérôme Martineau, qui a travaillé au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap pendant près de trente ans, il faudra plus qu’un projet d’aménagement pour assurer l’avenir de l’institution. Il faudra un «lent travail d’évangélisation».

L’avenir du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap passe aussi par un lent travail d’évangélisation

La fête de l’Assomption a été célébrée le 15 août. Cette journée amène chaque année des milliers de pèlerins à se diriger vers le Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap pour prier la Vierge Marie. L’affluence à cette grande fête religieuse est due depuis plusieurs années à la présence massive de la communauté haïtienne en provenance de Montréal et du nord des États-Unis. Leur présence rend cet événement hautement festif. S’il ne s’agissait que de la seule présence des Québécois dits de souche, la fête de l’Assomption serait une petite fête en termes de fréquentation. La situation est semblable dans les autres grands sanctuaires du Québec soient Saint-Anne-de-Beaupré et l’Oratoire Saint-Joseph.

Martin Francoeur signalait dans un récent éditorial du Nouvelliste que les nouveaux aménagements qui seront réalisés au Sanctuaire allaient faire entrer ce lieu de pèlerinage dans le 21e siècle. Je crois qu’il va falloir plus que quelques réaménagements dispendieux réalisés grâce à l’aide de l’État pour réaliser le souhait de M. Francoeur.

Le principal problème de l’Église est celui des ressources humaines. J’ai travaillé vingt-neuf ans au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap et j’ai été à même d’observer deux phénomènes. Premièrement le tarissement des vocations à la vie religieuse. Il faut savoir que la moyenne d’âge des Oblats de Marie-Immaculée dépasse largement quatre-vingts ans. Il n’y a pas eu d’ordination depuis une dizaine d’années. Les novices actuels sont au début d’une démarche qui comporte bien des obstacles. Je me souviens qu’il y a quelques années, un candidat à la vie religieuse chez les Oblats était présenté comme un futur religieux. Un an après, il avait quitté et vivait en couple.

Le deuxième phénomène concerne le vieillissement des pèlerins. Les plus jeunes générations en bas de 70 ans sont absentes des lieux de pèlerinage. Une bénévole depuis plusieurs années au Sanctuaire me disait qu’il fallait changer la formule. Je n’y crois pas. Le marketing de la foi n’a rien à voir avec celui associé à la vente de produits de consommation.

D’abord, la foi n’est pas un produit. La foi s’exprime d’abord et avant tout dans une relation de confiance et d’alliance avec Dieu. Les entreprises pour «vendre» la foi sont vouées à un échec. La foi revêt une décision personnelle qui ne relève pas d’une décision prise à la suite d’un processus de mise en marché.

Le Québec a subi plusieurs mutations religieuses depuis 50 ans. La colère et l’agressivité envers l’Église ont fait quitter les premières générations à la fin des années 60. Le militantisme était à la mode. Puis a suivi l’époque où la jeunesse s’est montrée de plus en plus indifférente à la foi. Les générations intermédiaires (40-60 ans) ont elles aussi quitté le bateau dans les années 80 et 90. Le débat sur l’éducation de la foi dans les écoles au début des années 2000 a été une autre étape. Aujourd’hui, la jeunesse vit dans un climat d’indifférence face à la foi. Une récente étude menée à l’Université de Tübingen en Allemagne auprès de 7000 jeunes révèle que ces derniers considèrent la foi comme une décision personnelle. Un grand nombreux d’entre eux dise croire en Dieu, mais ne veut pas s’engager dans l’institution. Ils ont une attitude très critique envers l’Église.

Il faut dire que l’Église a tout fait pour s’attirer cette méfiance. Les situations d’agressions sexuelles non déclarées et couvertes par les évêques sont un scandale qui alimentera encore longtemps la méfiance.

La situation de la baisse de clientèle touche même les grands sanctuaires européens. Un article du quotidien La Croix du 27 juillet signalait que le grand Sanctuaire de Lourdes a connu une baisse de fréquentation de 650 000 nuitées entre 2009 et 2013. Le passage du Tour de France cycliste était vu comme une occasion de remettre le sanctuaire dans l’actualité.

Le recteur actuel du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap parle avec enthousiasme qu’il faudra inventer de nouvelles formules. Que faire face au vieillissement des prêtres? Ce sont encore seulement des hommes célibataires qui peuvent célébrer la messe. Il n’y a pas grand-chose à y faire. Le pape actuel manifeste quelques intentions de modernisation, dont l’ordination d’hommes mariés. Mais, qui dit que son successeur ira dans cette voie? Les courants conservateurs fourbissent leurs armes en prévision du prochain conclave. Croyez-moi, ils s’y préparent!

L’avenir du Sanctuaire ne passe pas par des infrastructures, mais bien par un lent travail d’évangélisation. Presque un travail souterrain. Il faut cesser de mettre l’accent sur le paraître, mais plutôt sur la relation. Tout passe par la relation. Un long désert social se présente devant l’Église du Québec et les sanctuaires ne sont pas épargnés. Le seul signe d’espérance que je connais est que c’est cette humble traversée qui permettra au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap de trouver une nouvelle voie.

Jérôme Martineau

Trois-Rivières