La modération a bien meilleur goût.

L’alcoolisme, une maladie qui se traite

OPINIONS / Je m’appelle Jacques et je suis un alcoolique. Comme bien des gens j’ai commencé à boire socialement et normalement jusqu’au jour où j’ai perdu la maîtrise de ma vie. Tous n’ont pas le même parcours car la plupart des gens consomment de façon responsable. Mais pas moi. Comme beaucoup d’autres alcooliques, je passais une partie de mes nuits à boire, je tremblais le matin, mon portefeuille était vide, mes enfants se tenaient loin et ma femme se demandait ce qu’elle était venue faire dans cette galère tout en essayant de m’aider. Au début je n’étais pas conscient que j’avais perdu la maîtrise de ma vie mais il a bien fallu que je l’admette un jour. L’alcoolisme est une maladie qui s’aggrave. Nous passons par trois étapes: boire socialement et parce que nous sommes alcooliques peut-être sans le savoir, les problèmes commencent et nous échouons à l’hôpital ou en prison. Nous perdons notre maison, notre famille et le respect de nous-même. C’est une maladie progressive qui peut conduire à l’aile psychiatrique, à la morgue ou à l’abstinence totale.

Cette maladie peut se traiter mais elle ne se guérit malheureusement pas. Aujourd’hui, il existe un mouvement où fraternisent les alcooliques. Tout d’abord il faut croire en une puissance supérieure à nous-mêmes. Pour certains c’est Dieu tel qui le conçoivent, pour d’autres c’est la nature où une puissance supérieure imaginaire. Quand nous buvions, nous étions cette «puissance supérieure» qui nous a conduits au désastre. Il faut donc en choisir une autre.

Ensuite, il faut vivre une seule journée à la fois. Hier est passé et nous ne pouvons rien y changer. Demain n’est pas encore arrivé et il reste aujourd’hui. Je ne bois pas aujourd’hui. Et de toute façon, lorsque nous serons rendus à demain, ce sera encore aujourd’hui.

Enfin, si c’est le cinquième verre qui vous tue à petit feu, ne prenez pas votre premier verre. Si vous ne prenez pas cet idiot de premier verre, vous ne prendrez pas les autres. Et si vous faites ça une journée à la fois, vous vous dirigez vers la sobriété et une vie heureuse. Le mouvement des Alcooliques anonymes est une fraternité d’hommes et de femmes qui partagent le même problème et ils vous aideront sûrement si vous avez l’humilité d’y adhérer. Il n’y a pas de classes sociales dans ce mouvement.

Pour ceux qui aiment la poésie, lisez bien ce poème de Musset.

Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur.

Mais, pour en être atteint, ne crois pas, ô poète,

Que ta voix ici bas doive rester muette.

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,

Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots.

Mais nous ne sommes pas des poètes. Nous avons quand même connu de grandes souffrances et de grandes douleurs. Si quelqu’un se reconnaît, donne-toi une chance. Tu seras heureux, je te le promets.

Je m’appelle Jacques et je suis un alcoolique sobre et heureux depuis plusieurs 24 heures.

NDLR: Le Nouvelliste a pu valider l’identité de l’auteur de ce texte. Nous préserverons son anonymat compte tenu du type de témoignage qui est ici livré et de la philosophie qui entoure le mouvement des Alcooliques anonymes.