L’auteur de ce texte s’adresse au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge (sur la photo), pour lui rappeler que les personnes les plus habilitées à gérer un milieu scolaire sont souvent celles qui vivent dans ce milieu.

Laissez les ressources locales gérer les écoles

OPINIONS / Lettre adressée à Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

D’abord, je m’exprime en tant que parent d’une enfant qui fréquente l’école primaire de Louiseville. Je suis également membre du conseil d’établissement de l’école, mais je vous écris cette lettre à titre personnel.

L’objectif de votre projet de loi 40 est, dites-vous, de rapprocher les décisions des écoles. Vous désirez renforcer la vie démocratique scolaire. Or, avant même d’avoir voté cette loi, vous intervenez dans la régie interne d’une école, sans connaître les tenants et aboutissants du dossier, sans consulter qui que ce soit, sans respecter les décisions démocratiquement prises par un conseil d’établissement dûment élu.

Avez-vous pensé aux conséquences de vos déclarations? Lorsque vous dites qu’«il faut que tout le monde ait accès à des micro-ondes et que les enfants puissent manger correctement», avez-vous considéré toutes les implications?

Personnellement, à la première rencontre du conseil d’établissement de l’école, j’ai demandé s’il y ait des micro-ondes pour tous les élèves. Heureusement, il y avait autour de la table une directrice, une responsable de service de garde, des enseignantes, des parents. Ceux-ci se sont exprimés sur le sujet et m’ont fait comprendre, à moi et à ceux qui optaient pour une augmentation du nombre de micro-ondes, toutes les implications d’une telle décision.

Que veut-on pour nos enfants? Des récréations plus longues pour que nos jeunes bougent et aillent à l’extérieur. Des activités parascolaires le midi pour favoriser la pratique des arts et des sports. Nous voulons que les enfants mangent bien en prenant du temps de qualité entre amis.

Or, il s’avère que tous ces souhaits sont incompatibles avec la présence de micro-ondes en milieu scolaire primaire.

J’imagine que je n’ai pas à vous expliquer toutes ces raisons puisque vous avez eu le temps de parler avec des parents, des intervenants, des directions d’écoles et de commissions scolaires depuis votre déclaration malheureuse. Mais laissez-moi quand même vous exposer quelques points qui m’ont forcé à réfléchir et à changer de position.

D’abord, sachez qu’un enfant de 5 à 10 ans ne peut pas utiliser seul les micro-ondes. Il faut donc, en pleine pénurie de main-d’œuvre, trouver du personnel pour s’occuper des micro-ondes. L’installation de micro-ondes à notre école nécessiterait quatre éducateurs supplémentaires pour respecter un ratio surveillant/élève adéquat, ce qui représente une dépense de 27 000 $ par année. Ces frais additionnels seront directement facturés aux parents. De plus, vous savez sans doute que la pénurie de main-d’œuvre est présente dans tous les secteurs, dont nos écoles. Souhaitons-nous vraiment demander à nos enseignants de gérer des micro-ondes? Si j’avais un budget de 27 000 $ pour ajouter des services aux élèves, je souhaiterais qu’il y ait plus d’activités pour nos enfants.

Comme tout le monde, vous avez déjà fait «sauter les plombs» en utilisant un four micro-ondes en même temps que le grille-pain. Vous comprenez qu’une douzaine de micro-ondes au même endroit nécessitera des aménagements. Allons-nous vraiment investir dans des systèmes électriques alors que les toits de plusieurs écoles coulent et qu’il y a du plomb dans l’eau des fontaines?

Une responsable de service de garde m’a expliqué que le jour où les micro-ondes sont sortis de son service, elle a retrouvé le temps de parler avec les enfants, d’animer les repas. Elle me disait en fait qu’elle avait retrouvé le plaisir du travail, grâce au temps libéré. Elle raconte aussi que les enfants attendaient de longues minutes que tous les repas soient réchauffés pendant que leurs amis partaient jouer dans la cour.

Vous voulez que les «enfants mangent correctement»? Sachez que, selon les témoignages des intervenants, les micro-ondes servent plus souvent qu’autrement à réchauffer des plats congelés industriels bas de gamme et des saucisses enroulées de pâte. Si vous désirez vraiment que les enfants mangent mieux, vous devriez consulter la proposition de M. Lisée qui veut offrir des repas chauds à tous les élèves pour un prix modique. Voici une proposition structurante qui permettrait de promouvoir les saines habitudes de vie tout en encourageant la consommation locale. Voilà un projet pour nos écoles.

Il faut aussi savoir que notre école bénéficie d’un service de cafétéria sur demande. Une coopérative locale a remplacé une multinationale américaine. En ce sens, nous sommes privilégiés sachant que la majorité des parents d’autres écoles doivent réserver pour avoir un repas chaud et qu’une grande proportion des écoles n’offre aucun service de cafétéria. Or, si l’arrivée de micro-ondes diminue substantiellement le nombre d’utilisateurs de la cafétéria, cette dernière pourrait bien fermer ou du moins diminuer ses services.

Finalement, monsieur le Ministre, les personnes les plus habilitées à gérer un milieu (qui est dans ce cas-ci défavorisé, ce qui amène certains défis) sont celles qui vivent dans ce milieu. Ces personnes comptant de nombreuses années d’expérience auprès de nos enfants doivent bien savoir comment gérer leurs affaires. C’est une question de régie interne et vous n’aviez pas à intervenir.

En espérant que ce petit résumé d’argumentaire vous fasse réfléchir et fasse infléchir votre volonté de «régler ça». Nous sommes tout à fait compétents pour «régler ça» nous-mêmes, car nous n’avons pas à gouverner en fonction de l’opinion publique forgée par une publication biaisée ou par les réseaux sociaux.

Sébastien Pedneault

Membre du conseil d’établissement de l’école primaire de Louiseville

Julie Pigeon

Parent