L’aide sociale: source de stress et de maladie?

Il est bien connu que le stress est l’un des facteurs contribuant aux troubles de santé les plus répandus. Que ce soit du stress relié à l’activité professionnelle, financière, familiale ou affective, les sources de stress sont nombreuses et les conséquences physiques et psychologiques le sont tout autant.

Perdre son emploi est assurément un stress important. Selon l’échelle du stress de Holmes et Rahe, une échelle de mesure très fréquemment utilisée pour mesurer le niveau de stress dans la vie d’un individu, la perte d’un emploi se situe au huitième rang de l’échelle (sur 43 évènements répertoriés) juste après le mariage. Cette échelle permet aussi de prédire le risque d’impact potentiel sur la santé (Holmes et Rahe, 1967).

Toutefois, en quoi le stress et la perte d’un emploi ont-ils à voir avec l’aide sociale? Selon le Rapport statistique sur la clientèle des programmes d’assistance sociale publiée par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, c’est un peu plus de 36 % des demandes d’assistance sociale qui découlent directement du chômage, soit en cas d’inadmissibilité, et ce, pour de multiples raisons, soit simplement par l’expiration de la durée normale de celle-ci. Ces personnes se voient donc contraintes, dans l’attente d’un futur emploi et surtout devant l’absence de choix, de se tourner vers l’aide sociale.

Par ailleurs, la demande d’aide sociale en elle-même est une grande source de stress. Selon Isabelle Taubes, de la revue en ligne Psychologie, dans son article «Demander de l’aide, pourquoi c’est difficile», la demande d’aide en soi est déjà un processus difficile, principalement en ce qui a trait à l’estime de soi. Toujours selon l’article, «dans ce monde matérialiste, solliciter une aide financière renvoie à la honte qu’inspirent la pauvreté et l’échec social».

En additionnant les différentes répercussions sur la vie qu’implique la perte d’emploi (cognitives, économiques, relationnelles, sociales) – considérant que celles-ci peuvent s’étendre sur plusieurs mois, voire des années –, il est potentiel que ce stress dit «aigu» (donc de courte durée, mais intense) évolue vers une forme plus dommageable le stress dit «chronique», surtout si l’individu n’a pas accès à des stratégies d’adaptations émotionnelles adéquates.

Selon le site de l’American Psychological Association (APA), le stress chronique peut avoir des répercussions directes sur la santé psychologique et physique de l’individu. En ce qui a trait aux conséquences psychologiques, le stress affecte, en autres choses, les capacités attentionnelles, l’irritabilité et les humeurs négatives. Les conséquences ou troubles pouvant en résulter sont, brièvement: la dépression, les troubles anxieux, les troubles du sommeil, des difficultés relationnelles.

En ce qui concerne les répercussions physiques, toujours selon l’APA, corroborée par l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, le stress chronique affecte différents systèmes du corps humain dont les systèmes musculaire, respiratoire, cardiovasculaire, endocrinien, gastro-intestinal et nerveux. Les troubles de santé rattachés à ses systèmes sont nombreux: maux de tête fréquents (dus aux tensions musculaires soutenues), hypertension, asthme, les ulcères d’estomac et même l’eczéma. Tous ces facteurs s’interinfluencent dans une danse malsaine, une sorte de cercle vicieux, d’où découlent la misère et la détresse la plupart du temps. La perte d’emploi et le fait d’être un usager de l’aide sociale sont des stress importants pouvant à long terme favoriser l’apparition de diverses pathologies plus ou moins graves.

En matière d’économie et de justice sociale, en ce qui a trait aux coûts de santé, il serait peut-être judicieux pour nos décideurs d’alléger le fardeau bureaucratique des personnes en situation de chômage ou d’aide sociale en favorisant leurs conditions et en cessant l’oppression des plus démunis.

Rendre l’aide offerte plus humaine afin de favoriser de meilleurs résultats sur tous les plans, voilà ma conclusion.

Anthony Morin

Bachelier en psychologie et candidat à la maîtrise en service social

Sainte-Anne-de-la-Pérade