Gabriel Nadeau-Dubois

Laïcité: QS fait fausse route

Je suis membre de Québec solidaire, entre autres parce que ce parti défend des valeurs d’équité sociale et économique et que son programme répond véritablement à l’extrême urgence de protéger la planète. Je suis toutefois extrêmement déçu de la position que le parti s’apprête à adopter en matière de «laïcité»: QS s’opposerait ainsi à toute interdiction de porter des signes religieux ostentatoires dans les secteurs public et parapublic (enseignants, fonctionnaires, professionnels de la santé et tous les agents de l’État).

Défendre une telle proposition relève, selon moi, de l’ignorance de ce qu’est la laïcité ainsi que d’une méconnaissance de l’histoire. Pensons aux injustices – par exemple, toutes les grandes religions considèrent les femmes comme des êtres humains inférieurs – et aux massacres entraînés par les religions, dans le passé mais également encore aujourd’hui.

Oui, les individus sont libres de croire que le monde a été créé en sept jours et que les femmes doivent être séparées des hommes parce qu’elles sont des sources de tentation et donc de péché. Oui, l’État doit garantir aux gens la possibilité de se rassembler autour de leurs croyances.

Cependant, l’État doit également établir une cloison étanche entre son fonctionnement et les croyances religieuses, pour qu’il soit clair que les choix et les décisions du gouvernement ne sont en aucune façon reliés à ces valeurs. La religion ne doit relever que de la vie privée.

Ainsi, si les gens sont libres d’afficher leurs croyances dans l’espace privé (comme dans les maisons) et dans l’espace public (comme dans la rue ou dans les transports en commun), il est crucial que la religion ne soit aucunement présente dans l’espace civique (garderies, lieux d’enseignement, tribunaux, bureaux de services gouvernementaux, etc.). Dans tous ces lieux, c’est autour des valeurs collectives – et seulement autour de ces valeurs – que les citoyens et citoyennes se rassemblent: c’est là la raison de l’interdiction du port de signes religieux (qui ne sont pas qu’«une façon de s’habiller»!).

Je suis toujours étonné que des gens pensent qu’il est possible de ne pas tenir compte de l’immense pouvoir que les religions ont sur les êtres humains. Les croyances et les valeurs religieuses sont encore profondément présentes dans le monde, puisque, pour beaucoup, c’est la base sur laquelle de nombreuses sociétés fonctionnent depuis des siècles. Rappelons, par exemple, que certains pays ont encore (au 21e siècle!) une religion d’État, que les Britanniques chantent toujours God Save The Queen, que les présidents des États-Unis terminent tous leurs discours par un vibrant «God Bless America» et que, chez nous, le Christ en croix surveille le travail des députés à l’Assemblée nationale.

Québec solidaire devrait être progressiste et courageux, comme il l’est dans d’autres domaines de vie publique, et promouvoir fermement la laïcité plutôt que de contribuer à minimiser l’influence des religions. Autrement dit – et je reprends ici les paroles du candidat de QS dans ma circonscription durant la dernière campagne électorale –, il est temps que le Québec achève sa révolution tranquille.

Jean Bernard

Saint-Justin