L’auteur de cette lettre constate que le maire actuel de Trois-Rivières, Jean Lamarche, est condamné à parachever les grands projets déjà sur les rails, comme le Colisée, plutôt que de réaliser ses propres idées.

L’administration Lamarche est paralysée

OPINIONS / On dit souvent que dorénavant Trois-Rivières est «sur la map». On peut constater en effet qu’on parle de nous de plus en plus souvent dans les grands médias locaux, provinciaux et même nationaux. Les grands chantiers mis en place par l’administration Lévesque se sont imposés au conseil de Ville actuel et ceux et celles qui auraient de nouveaux projets doivent malheureusement les remballer vite fait.

Ainsi, trois grands chantiers reçus en héritage font régulièrement la une des journaux, et requièrent toute l’attention de nos élus. Ce sont dans l’ordre, le fameux train à grande fréquence, l’aéroport et le nouveau Colisée.

Écoutant la radio à l’occasion de la dernière campagne fédérale, je me demandais pourquoi les animateurs d’un poste local ne voulaient plus entendre parler du nouveau train de passagers. Après avoir écouté les divers intervenants se contredire sans arrêt sur les échéanciers, les coûts, le tracé, la fréquence, etc., j’ai mieux compris leur attitude. Imaginez, aux dernières nouvelles, le nouveau tracé serait situé au nord du tracé actuel avec une ligne dédiée au transport passager. Juste penser à ce que cela veut dire en terme d’expropriations, de nouveau matériel et de négociations avec entre autres les autochtones selon Via Rail, a de quoi rendre fou. On s’en reparle dans dix ans.

L’aéroport a aussi suscité l’intérêt des médias quand un sondage d’opinion pour le compte d’Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières sur le projet d’agrandissement de celui-ci a été sévèrement critiqué par l’universitaire Yves Fréchette, spécialiste de la question. Ce dernier nous faisait remarquer qu’on avait omis, dans ledit sondage, de poser des questions sur les inconvénients d’un tel aéroport. À cause de cela, Mario de Tilly, directeur général d’IDE, ne pouvait, disait-il, parler d’acceptabilité sociale. M. de Tilly a admis que le terme n’était peut-être pas le bon. Maintenant, on nous fait miroiter des départs vers des destinations ensoleillées. On a juste le goût de dire «Wow!»...

Enfin, le Colisée tout neuf, une affaire de 60 millions $, suscite beaucoup d’intérêt de la part de la communauté journalistique. On parle du Canadien de Montréal, de la ECHL, des Patriotes de l’UQTR, etc. Le réputé Réjean Tremblay s’est prononcé sur la nouvelle infrastructure sportive et sur ses futurs locataires, pour nous dire cependant, que tout cela n’est pas très sérieux.

Martin Leclerc de Radio-Canada, un des journalistes sportifs les plus respectés, a lui aussi publié un article des plus fouillés sur le choix des Patriotes comme locataire du Colisée. Sa conclusion est que le projet de l’UQTR, piloté par Daniel Lamarre, PDG du Cirque du Soleil, ne fonctionne tout simplement pas. Les Patriotes ne jouent que 14 matchs locaux et la solution qui consisterait à jouer contre des équipes universitaires américaines est impossible à appliquer parce que celles-ci n’ont tout simplement pas le droit de jouer leurs parties en dehors des États-Unis. Bref, le rapport coûts-bénéfices serait catastrophique.

Une seconde solution serait la venue d’un club de la ECHL, club de 3e division, affilié au Canadien de Montréal. Dean MacDonald, promoteur du projet, viendra d’ailleurs cette semaine rencontrer les élus locaux et on devrait enfin connaître ses intentions. Les médias sont à l’affût. Cependant, on peut déjà se demander si cette future équipe, qui reçoit entre autres des joueurs exclus de la Ligue Américaine, réussira à provoquer un engouement sans la présence de futures vedettes des Canadiens en son sein. Personnellement, je ne connais aucun joueur de la ECHL… et vous?

Parlez-en en bien, parlez-en en mal, mais parlez-en, doivent se dire les spécialistes en marketing de la Ville de Trois-Rivières. Mais ce serait bien à l’occasion que l’un de nos projets ait bonne presse. Il faut croire que les études de marché et les consultations véritables ne sont pas souvent sur le radar de nos décideurs, et on en paie le prix médiatique. Quand Martin Leclerc compare le plan d’exploitation du Colisée au film Field of Dreams, on a le droit de s’inquiéter sérieusement.

Ainsi, il n’est facile pas pour M. Lamarche de succéder à un champion toutes catégories. Notre nouveau maire doit avoir plein de bonnes idées en tête pour faire progresser notre belle cité. Malheureusement, il est condamné à parachever tous ces grands projets déjà sur les rails. Il y a des soirs où il doit se dire: «Coudonc, on dirait qu’on a plus les moyens d’être sur la map!»

Pascal St-Pierre

Trois-Rivières