Il a été prouvé que les personnes vivent plus longtemps maintenant.

L’acharnement à vivre

Dans les médias, il est question de la qualité des soins en milieu médical. On se fait répéter que la population est vieillissante et ceci semble causer un fardeau pour plusieurs organismes.

Il a été prouvé que les personnes vivent plus longtemps maintenant. Toutefois, chaque fois que j’entends cet énoncé, je me demande si les personnes qui vivent plus longtemps ont une belle qualité de vie.

Force est de réaliser que le système est parfois embourbé par des personnes qui, malheureusement, n’en ont plus.

Il est très difficile de voir un aîné qui doit attendre d’être nourri comme un bébé ou qui doit attendre que l’on vienne lui changer sa couche. Les petits plaisirs de la vie consistent à se déplacer, bien se nourrir par soi-même, s’habiller, prendre un bain ou une douche, rire, rencontrer des amis et s’occuper l’esprit et le corps. Je trouve triste et déplorable de voir les docteurs et souvent la famille s’acharner à garder en vie une personne qui est devenue complètement inactive, malade et pour emprunter l’expression, comme un légume.

Quel plaisir peut éprouver une personne assise toute la journée sous forte médication à attendre de se faire nourrir, changer de couche, s’habiller et se déplacer?

C’est toujours avec le cœur brisé que je vois des personnes avec le regard complètement éteint et qui ne comprennent plus ce qui se passe autour d’elles. J’ai eu à faire euthanasier mes chats et ce geste me bouleverse à chaque fois. La peine est incommensurable. Pourtant, au lieu de voir souffrir mes amis félins, les voir se faire piquer, tester, avaler de force des pilules, manipuler sans fin, je prends la douloureuse décision de les laisser partir.

Je sais que plusieurs personnes seront outrées de lire mes propos et vont m’invectiver parce que je compare un animal à un être humain. Pourtant la souffrance est la même.

Je me demande souvent si la personne atteinte de démence ou d’Alzheimer se voyait avec nos yeux, elle accepterait de continuer à vivre ainsi. Lorsque je réalise que mon ami félin n’a plus aucune qualité de vie, je le laisse partir avec une partie de mon cœur. Un proverbe dit: «Si tu veux vivre, tu veux aussi mourir ou bien tu ne conçois pas ce qu’est la vie.»

Anne-Sylvie Duquette

Saint-Boniface