L’acceptabilité sociale du cannabis

Selon ce qu’on pouvait lire dans La Presse, le professeur-expert en psychoéducation M. Fallu clame haut et fort qu’il faut accepter sans réserve la consommation de cannabis. Le cannabis, dit-il, tue moins que l’alcool et est moins toxique physiquement. Désolé, mais quelles sont les études à long terme qui valident cette position? La réponse: Aucune. Quoi qu’il en soit, nous devons donc accepter socialement cette réalité et s’adapter à la nouvelle génération. Car, comme le souligne l’expert, la non-acceptation sociale du cannabis est peut-être davantage liée à une question de vieille mentalité que de santé publique.

Une drogue nocive

Il faut rappeler ici que le cannabis est une drogue hallucinogène nocive sur le plan de la santé physique et mentale. Les études actuelles montrent que le cannabis consommé sur une base régulière et à faible dose affecte de façon significative différentes parties du cerveau. Ce qui cause des troubles d’apprentissage et de concentration ainsi que des états anxieux pouvant même générer des attaques paniques avec idées délirantes.

Les études montrent également que la dépendance au cannabis est plus fréquente chez les hommes âgés entre 18 et 30 ans et que 15 % d’entre eux vivront une psychose toxique (délires, hallucinations) avec hospitalisation pour une période moyenne de deux semaines. Notons finalement que parmi les consommateurs de cannabis, 25 % ont des troubles anxieux, 30 % ont une personnalité antisociale, 20 % une personnalité obsessionnelle compulsive, 20 % une personnalité paranoïaque et 60 % des adolescentes qui consomment du cannabis ont des troubles du comportement et des déficits de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

Une loi conflictuelle

Autre considération de taille dans le débat: l’aspect légal. La légalisation du cannabis vient en contradiction avec la Loi de la Protection de la Jeunesse (LPJ) du Québec portant sur les facteurs de négligences parentales (article 38.b). Un parent qui fumerait du cannabis dans une maison dans laquelle des enfants cohabiteraient constituerait une situation compromettant la santé des enfants. La fumée secondaire du THC est tout aussi toxique que la fumée primaire inhalée par le consommateur. Or, un enfant respirant cette fumée secondaire serait directement affecté par le THC en suspension dans l’air. Curieusement, nous ne savons toujours pas qu’elle est la position de la Direction de la protection de la jeunesse à ce sujet ?

L’acceptabilité maintenant?

Certains semblent banaliser la consommation du cannabis, voulant la rendre acceptable comme il est acceptable de prendre un verre de vin au souper. Que cela n’en déplaise aux «partisans pro-pot», la perception que nous avons d’un consommateur de cannabis est négative pour des raisons de santé publique.

La présence de succursales de vente de la SQDC gène et incommode. Un commerce qu’on ne veut pas voir dans son voisinage. En fait, ces succursales devraient être un lieu où on prend en charge les jeunes pris avec des problèmes de consommation. Et c’est à cet endroit que les psychoéducateurs devraient travailler. Cela serait plus cohérent avec ce que prône leur Ordre professionnel (OPP) qui entend être un acteur incontournable en matière d’intervention auprès des personnes en difficulté d’adaptation.

Finalement, il est toujours bon de noter que l’expertise d’un intervenant ne vient pas avec le nombre d’apparition dans les médias. L’expertise vient avec la sagesse d’un point de vue global et cohérent qui inclut l’ensemble des variables impliquées dans la problématique. Le genre de discours clivé de «spécialistes du cannabis» doit toujours venir avec une étiquette sur laquelle on devrait lire en gros caractères: «Danger, à prendre avec modération!» La même consigne qui devrait aussi se retrouver sur toutes les portes de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Frankie Bernèche

Professeur de psychologie

Saint-Mathieu-du-Parc