L’auteur de cette lettre réagit à un texte paru plus tôt cette semaine. Pour lui et pour plusieurs résidents du secteur Lac-à-la-Tortue, le bruit des vols touristiques d’hydravions est devenu exagérément élevé et fréquent.

Lac-à-la-Tortue: 22 ans de bruit ça suffit!

En réaction à la lettre de Mme Nicole Forest intitulée «Recours collectif à Lac-à-la-Tortue: la mauvaise blague a assez duré», publiée dans notre édition du 31 mai.

La lettre de Mme Nicole Forest, belle-sœur de la vice-présidente de Bel Air Aviation, faisait une description idyllique de la situation vécue par le millier de citoyens toujours inclus dans le Recours collectif concernant le bruit dans le secteur Lac-à-la-Tortue. Il s’impose de rétablir les faits.

Déjà en 1995 par l’Association des propriétaires du Lac et par la suite en 2003 et 2007 par l’Association de protection du lac, le bruit des vols touristiques a été dénoncé comme étant une nuisance à la qualité de vie et à la jouissance paisible de la propriété.

Par la suite en 2008, en raison de la démesure de l’activité, parfois jusqu’à plus de 100 mouvements par jour à un niveau de bruit intolérable et face au blocage de la situation, la Coalition contre le bruit faisait connaître publiquement son intention de déposer un recours collectif.

Partant de là, qu’aurait fait un homme d’affaires avisé qui craint qu’un jugement défavorable ne mettre en péril son entreprise?

Cet homme d’affaires avisé n’aurait-il pas fait des propositions concrètes et significatives portant notamment sur la délocalisation de son activité sur un autre plan d’eau moins densément habité ou bien à partir de l’aérodrome ou en fixant un nombre maximum de mouvements permettant de réduire le bruit à un niveau raisonnable?

Mais au lieu de ce faire, dans le cadre d’une guerre commerciale avec Aviation Mauricie et alors que la grogne populaire était au zénith, Bel Air a fait le choix provocateur de retenir les services de l’opérateur Hydravion Aventure, contribuant dès lors à faire vivre aux citoyens des journées d’enfer.

En 2011, lors du dépôt du recours collectif, alors qu’une nouvelle occasion se présentait afin de soumettre des propositions de réduction du bruit, la vice-Présidente de Bel Air réagissait en ces termes: «Ça ne m’empêche pas de dormir. Et tant mieux si le recours peut mettre un baume sur la santé physique et mentale des membres de la Coalition.»

Plus tard, en 2017, afin d’éviter un long et coûteux procès, dans un article paru dans Le Nouvelliste et ayant pour titre «Pour faire bouger les lignes», le soussigné invitait le président de Bel Air à participer au processus de médiation. Réponse cinglante du président: «Nous irons jusqu’au bout. Jusqu’à la Cour suprême, s’il le faut».

Et aujourd’hui, les dirigeants de Bel Air qui, par leur inaction à vouloir réduire le bruit de façon significative, ont contribué activement à la situation actuelle, préfèrent jouer le rôle de victimes alors que les vraies victimes ne sont pas celles qui ont profité financièrement de l’activité, mais surtout et principalement les personnes qui depuis 22 ans subissent les conséquences de cette activité.

Une activité qui, pour les citoyens du Lac, n’entraîne aucune retombée économique.

Et maintenant, la belle sœur de la vice-présidente de Bel Air voudrait faire porter aux citoyens incommodés par le bruit l’odieux de la situation. Des citoyens qui, pour un grand nombre, fréquentent le lac depuis des décennies et qui avant 1995 vivaient une cohabitation harmonieuse avec les opérateurs.

Quitte à le redire: l’objectif visé par la démarche judiciaire n’est ni de fermer l’aérodrome ou l’hydrobase ni de favoriser l’enrichissement des personnes incluses dans le recours collectif, mais de réduire le bruit à un niveau raisonnable.

Malgré la campagne de mobilisation de Bel Air, la Coalition contre le bruit n’est pas seule. Les élus de la Ville de Shawinigan et de la Municipalité d’Hérouxville, qui représentent une population de plus de 50 000 citoyens ont adopté des résolutions réclamant l’interdiction des vols touristiques.

Que dire également de l’appui de la Direction de la santé publique régionale et du Dr Alain Poirier, ex-directeur national de la santé publique, qui considèrent que les vols touristiques sont une nuisance à la qualité de vie et au bien-être des citoyens.

Ce n’est pas sans raison que les résidents du secteur Lac-à-Beauce, en Haute-Mauricie, dénoncent les vols touristiques et envisagent de déposer un recours collectif, et que des citoyens de Saint-Étienne-des-Grès et de Shawingan-Sud se plaignent de l’activité d’Hydravion Aventure.

Se pourrait-il que cette activité des vols touristiques, partout ou elle s’installe, soit devenue indésirable et que les touristes français friands des grands espaces soient, avec l’opérateur, les seuls bénéficiaires de cette activité polluante?

Claude Gélinas

Shawinigan