L’absurde lock-out des travailleurs d’ABI

La position du syndicat et des travailleurs d’ABI me semble alimentée par des réactions émotives qui empêchent de raisonner calmement.

Les travailleurs d’ABI ont beaucoup à perdre individuellement dans ce conflit. Ils ont déjà beaucoup perdu et risquent d’en perdre encore plus si le conflit perdure encore un certain temps comme cela semble être le cas présentement. La perte serait incommensurable advenant la toujours possible fermeture complète. Comment chaque travailleur individuel peut-il penser récupérer l’argent perdu? Advenant l’impensable d’une fermeture, des emplois disponibles permettant de gagner 100 000 $ et plus sont rares en Mauricie et au Québec. C’est donc dire que leur paye chutera de près de la moitié, pour ceux qui auront trouvé un autre travail. Pour les plus vieux, ce serait plus difficile. Comment faire alors pour rencontrer l’hypothèque dont le montant est en fonction du niveau de paye actuel d’ABI? Comment faire pour assurer l’instruction universitaire des enfants qui sera alors incontournable? Comment faire pour financer les 25 ou 30 ans à la retraite qui suivra? Vous feriez face à une baisse de niveau de vie importante avec tous les tracas que cela implique et les conséquences néfastes qui accompagnent souvent une telle situation.

En lisant l’histoire de l’aluminium, j’ai trouvé les faits suivants qui me font craindre le pire. En 1973, l’Amérique du Nord produisait 42 % de l’aluminium mondial. En 2000, ce chiffre avait baissé à 25 % alors qu’en 2015 il n’était plus que de 8 %. Depuis l’an 2000, la production en Amérique du Nord a chuté de 26 %. Les Chinois ont passé de zéro à 55 % de la production mondiale. Croyez-vous que cette tendance lourde ne continuera pas?

Le ministre Boulet identifie cinq objectifs. La flexibilité opérationnelle, l’augmentation de la productivité (d’après moi ces deux objectifs ne font qu’un), le climat des relations de travail et la pérennité de l’usine. Aucun de ces objectifs n’aura vraiment d’incidence sur la paye des travailleurs. Il a oublié le fonds de pension mais ce cas est plus facilement réglable. Si aucun de ces objectifs n’a d’incidence sur la paye, pourquoi y tient-on mordicus si ce n’est que pour des raisons émotionnelles? Le syndicat pourrait perdre quelques centaines de membres mais cela n’affectera pas les travailleurs individuellement car une réduction de personnel peut se faire par attrition vu les départs à la retraite.

Il s’agit simplement d’effacer le passé où on vous avait accordé des conditions de travail qui semblaient normales à l’époque mais qui ne le sont plus aujourd’hui vu la compétition mondiale féroce. Dans un soudain réveil, l’administration actuelle désire changer les choses pour revenir à la normale d’aujourd’hui et c’est ce changement radical qui blesse.

Dites-moi que de risquer de perdre un tel emploi hautement rémunérateur tient de la logique. Tous les employés en lock-out sont présentement frustrés par la situation et agissent de manière fortement émotionnelle, compte tenu du changement radical que la compagnie veut imposer, et qui leur semble complètement hors normes en comparaison avec ce qu’ils ont vécu.

Les gars, demandez-vous ce qu’il serait logique de faire. Piler sur votre orgueil et céder sur les points qui n’influencent pas votre revenu personnel et préserver ainsi votre avenir et celui de votre famille. Devez-vous poursuivre une relation aveugle qui risque un arrêt très long pouvant aller jusqu’à la fermeture ou faire montre d’ingéniosité et protéger plus de 90 % des emplois? C’est sans compter l’effet nocif de ce conflit sur tous les autres qui dépendent de leur relation d’affaires avec ABI.

Je m’inquiète des répercussions sur la santé économique des travailleurs et celle de notre belle région.

Jacques Desmeules

Trois-Rivières