L’aberration continue, ailleurs comme ici !

L’annonce de l’arrêt du projet pilote en Ontario sur le revenu minimum garanti (RMG) est une nouvelle difficile à avaler pour plusieurs, même ici au Québec. Ce projet donnait un peu d’espoir de voir un tel programme être un jour implanté ici. En effet, suite au projet pilote, les différents impacts sur la pauvreté auraient été plus aisément mesurables par des « experts » sur la question, au Québec, et l’idée de l’implanter aurait aussi pu être reprise. L’abandon du projet pilote est donc une seconde douche froide pour ceux et celles qui croient que cette mesure sociale voit enfin le jour chez nous.

Dans un premier temps, c’est une aberration sur le plan humain pour les personnes qui participaient au RMG en Ontario, considérant que des milliers de bénéficiaires se voient soudainement privés de plus de la moitié de leur allocation. Cette nouvelle allocation apportait, enfin, l’accès à un peu de dignité pour ces gens, et ce, selon les différents témoignages recueillis par les médias.

Il s’agit également d’une aberration sur le plan méthodologique et scientifique, puisque l’arrêt du projet pilote prive d’autres experts de précieuses données impossibles à recueillir autrement que par une expérimentation rigoureuse et prolongée dans le temps. Il apparaît donc que ce projet ne soit rien de plus qu’un feu de paille politique dédié à montrer une certaine volonté de changement. De la poudre aux yeux!

Même en se fiant aux experts et bien que le revenu minimum garanti soit un concept socialement discutable et difficile à mettre en place, il n’en demeure pas moins une nécessité. Les montants des prestations d’aide sociale sont, plus souvent qu’autrement, insuffisants et leur application, trop contraignante et réductrice. Les ardents défenseurs de la théorie comme quoi l’aide sociale au Québec constitue une forme quelconque de RMG peuvent se réjouir de l’abolition du projet-pilote en Ontario. L’aide sociale, c’est pourtant bien loin d’être une mesure qui soit suffisante pour appeler ça un revenu minimum garanti! Survivre ce n’est pas une vie !

De plus, en laissant les gens dans la pauvreté (sans le RMG), ça laisse ceux-ci dans la maladie: physique ou mentale, car simplement laissés à eux-mêmes. Beaucoup souffrent de certaines maladies mentales, de dépression, de mal-être, causé notamment par leur situation financière, mais aussi par le regard des autres. Beaucoup se sentent rabaissés en rapport avec la population en général. Malheureusement, pour beaucoup de gens, les bénéficiaires d’aide sociale ont la réputation d’être des voleurs ou des paresseux, ce qui est bien sûr totalement faux. Beaucoup sont, au contraire, déterminés à s’en sortir et font tout ce qu’ils peuvent pour le faire, mais faut-il encore qu’on leur en donne les moyens. En d’autres mots: qu’on leur permette, à l’aide d’un vrai revenu minimum garanti, de se sortir de la pauvreté de façon digne et décente.

Martin Couture-Pineau

Sainte-Anne-de-la-Pérade