Le conflit de travail à l’UQTR suscite certaines réflexions, notamment celle-ci sur la notion de solidarité.

La vraie solidarité

La solidarité est définie comme étant le «rapport existant entre des personnes qui, ayant une communauté d’intérêts, sont liées les unes aux autres» ou encore simplement comme «sentiment d’un devoir moral envers les autres membres d’un groupe, fondé sur l’identité de situation, d’intérêts».

Avec de telles définitions, on peut sans aucun doute affirmer que les professeurs de l’UQTR sont solidaires entre eux.

Toutefois lorsque nos conditions de travail dépendent du gouvernement, donc de la société, je suis d’avis que la notion de solidarité doit être reléguée à un autre niveau. La vraie solidarité ne devrait plus se limiter au rapport entre les membres du groupe du premier niveau mais davantage envers les membres de tous les groupes concernés.

Par exemple: Lucie est membre d’une famille de huit orphelins. N’ayant pas de père, ils sont parrainés par Felipe qui subvient à leur besoin. Puisque les orphelins sont très disciplinés, organisés et instruits, Felipe convient de les soutenir financièrement et s’assure qu’ils ont trois généreux repas par jour en plus de belles collations. Un jour Felipe, qui admire et respecte son groupe d’orphelins leur a laissé savoir qu’il ne pourrait pas augmenter davantage la quantité de nourriture et le nombre de collations, puisqu’il devait faire face à des compressions budgétaires. Quelques membres du groupe se sont immédiatement insurgés en évoquant que leur parrain ne les respectait pas et qu’il mettait en péril leur santé et leur développement futur.

Lucie prit un certain recul vis-à-vis la situation. Elle prit conscience que le parrain avait aussi d’autres groupes auxquels ils devaient subvenir et que certains membres de ces groupes n’avaient pas trois repas par jour et que d’autres avaient encore bien pires comme restriction budgétaire. Elle se dit que si Felipe devait offrir plus à elle et ses frères et sœurs, cela se ferait très probablement au détriment de certains membres d’autres groupes. À ce moment, Lucie adopta alors une position très différente et décida d’être solidaire envers les membres de son groupe au sens plus large, c’est-à-dire envers les personnes qui dépendent du même pourvoyeur de fonds.¸

Curieusement, elle se sentit bien en adoptant cette attitude. Au lieu de penser qu’elle fut une victime à qui Felipe manquait de respect, elle décida qu’elle porterait fièrement le chapeau de l’individu qui accepterait de faire un sacrifice devenu nécessaire à la suite des erreurs du passé et surtout nécessaire au futur des membres de la société. Elle comprit que si collectivement tous les membres de son groupe étendaient sa solidarité au sens plus large et que chaque groupe faisait de même le moment venu, la société s’en porterait bien mieux.

Moi-même enseignant, j’ai du respect pour les professeurs de l’UQTR comme pour tous travailleurs qui se donnent au travail. J’ai également du respect et de l’admiration pour l’administration de l’UQTR qui fait face à un défi de taille que de redresser une situation précaire qu’elle n’a pas elle-même créée. De grâce, arrêtons de jouer les vierges offensées et acceptons tous ensemble de faire partie de la solution.

Paul Isabelle

Saint-Boniface