L’auteur de cette lettre s’adresse à la conseillère Mariannick Mercure pour lui signifier que la sécurité dans les quartiers ne devrait pas être une priorité de la Ville pour sauver la planète.

La Ville doit agir pour l’environnement

Lettre adressée à la conseillère municipale du district des Forges à Trois-Rivières, Mariannick Mercure.

Je vis dans le district des Forges et que vous êtes ma représentante. Vous êtes également la personne pour qui j’ai voté, surtout parce que j’ai compris votre intérêt pour agir en se basant sur des démarches scientifiquement justifiées. Je suis jeune chercheur et ça me rassure de savoir que la personne qui me représente sait se fier sur ce qui a été soutenu de manière scientifique pour prendre ses décisions.

La raison de cette lettre concerne la priorité dans les choix municipaux. Je sais que vous avez des promesses électorales à remplir et que la sécurité des quartiers résidentiels est un élément qui était présent dans votre campagne. Cependant, j’aimerais souligner ma grande déception d’apprendre que la Ville reporte à plus tard (encore!) l’arrivée des bacs pour le compost. J’ose croire que vous restez connectée à vos origines et que vous êtes au courant des dernières recherches en environnement. Laissez-moi vous donner trois exemples.

D’abord, depuis les années 70, on a perdu plus de 60 % de nos animaux.

Ensuite, on sait à présent qu’environ les deux tiers des insectes ont disparu dans les dernières années. Vous êtes bien placée pour savoir que l’espèce humaine dépend de bien des manières de l’activité des insectes… sans insectes, pas de qualité de vie, ni même de vie (du moins pas telle qu’on la connaît).

Enfin, les conséquences du réchauffement global commencent à peine à se faire ressentir. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dans son dernier rapport, montre qu’il nous reste dix ans pour effectuer des changements drastiques si on veut limiter les dégâts.

Je n’ai rien contre l’amélioration de la sécurité dans nos quartiers, mais je trouve terriblement déplorable qu’on ait en priorité qu’on améliore nos rues déjà «pas pire sécures» plutôt qu’un avancement pro-environnemental. La sécurité de la majorité des rues sera le dernier de nos soucis, si on ne s’attaque pas au problème environnemental. Pourquoi attendre? Le compost est une base nécessaire pour n’importe quelle ville en 2018. Mais, c’est loin d’être suffisant! Je vous offre, ici, de simples suggestions supplémentaires, suggestions beaucoup plus justifiées d’un point de vue scientifique:

– Établir des incitatifs à manger végétarien (étant donné le fait que les élevages sont la source numéro 1 des émissions de gaz à effet de serre suite à l’influence de l’être humain);

– Obliger les épiceries à vendre les produits locaux à chaque fois qu’il y a un produit qui pourrait être acheté dans la région plutôt qu’ailleurs (et quand je dis local, je parle autour de Trois-Rivières, voire au Québec, pas dans l’ouest Canadien, même si c’est déjà moins pire que lorsque ça vient d’outre-mer);

– Interdire la vente de bouteilles d’eau commerciale. Ça aussi, ça fait du déplacement (gaspillage de pétrole), c’est un gros gaspillage de plastique (parce que c’est jetable), l’eau est souvent de moins bonne qualité que l’aqueduc d’ici et de nombreux moyens de récolter cette eau sont liés à des gros problèmes éthiques.

Je pourrais écrire longtemps encore et je sais qu’il y a de nombreux autres exemples de changements qu’on pourrait faire. Tout ce que j’ai écrit dans cette lettre est justifié et s’il vous faut une source en particulier, je serai heureux de vous donner la référence.

Pour qu’un changement global s’opère, il faut habituellement des villes-leaders pour donner l’exemple et pour qu’un changement pro-environnemental dans la ville soit présent, il faut des leaders qui savent écouter la science. Sauf votre respect, et croyez-moi, je ne veux aucunement vous insulter, je crois (et c’est une opinion justifiée par de nombreux scientifiques) qu’il faut radicalement changer les priorités de notre pays, de notre province et pour que ça se fasse, il faut donc changer les priorités de notre ville. Il faut qu’on prenne des initiatives environnementales drastiques pour inciter les villes voisines à suivre notre exemple. Et c’était déjà hier qu’il fallait qu’on le fasse, alors changeons ça aujourd’hui, parce que demain sera trop tard. Dans le pire des cas, au moins, on aura essayé au maximum et on aura la conscience tranquille devant l’inévitable.

Vos collègues et vous, à la Ville, avez plus de pouvoir que monsieur et madame Tout-le-monde. C’est peut-être simpliste et caricatural un peu, mais quand même très sage: «avec un grand pouvoir vient de grandes responsabilités».

Merci de prendre ce message au sérieux. C’est avec la plus grande sincérité que je vous souhaite «bon succès»!

Samuel Rochette

Doctorant en psychologie

Trois-Rivières