Selon l’auteur de cette lettre, il ne fait maintenant plus aucun doute qu’en termes de transparence, Québec traîne la patte par rapport à ses homologues américains et canadiens.
Selon l’auteur de cette lettre, il ne fait maintenant plus aucun doute qu’en termes de transparence, Québec traîne la patte par rapport à ses homologues américains et canadiens.

La transparence au cœur de la lutte à la COVID-19

OPINIONS / L’auteur, Marc Duhamel, est professeur au Département de finance et économique à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières et chercheur à l’Institut de recherche sur les PME.

Que nous cache le Docteur Arruda? Qu’est-ce que le Premier ministre du Québec, François Legault, compte retirer de garder la population dans l’ignorance de l’ensemble des scénarios épidémiologiques de la propagation de la COVID-19 au Québec?

Certes, on ne peut reprocher aux autorités de santé publique québécoise de ne pas être suffisamment proactives. On ne peut également reprocher au Premier ministre d’être irresponsable ou inefficace dans ses communications et ses activités de relations publiques. Par contre, il ne fait maintenant plus aucun doute qu’en termes de transparence, Québec traîne la patte par rapport à ses homologues américains et canadiens.

Bien que les trop nombreuses publicités à la télé de Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la Santé publique du Canada, peuvent tenter de nous distraire du fait que l’information épidémiologique sort au compte-goutte d’Ottawa, force est de constater la plus grande transparence de la Maison Blanche qui a déjà rendu publics plusieurs de ses scénarios épidémiologiques mardi dernier.

Qui plus est, la réaction des autorités de santé publique à travers le Canada est bien différente à celle de Québec. Alors qu’en Colombie-Britannique et en Ontario les scénarios techniques de contagion à la COVID-19 sont présentés et discutés ouvertement lors des points de presse par les autorités, et sont accessibles au public, au Québec on attend toujours que le Gouvernement rende public «un scénario» dans les prochains jours.

Lequel? Le plus probable? Le plus alarmiste ou le plus convaincant? Ou bien, celui qui rendra le travail des autorités plus facile ou celui qui minimisera les critiques sur la durée des mesures de confinement? Qu’est-ce qui peut bien motiver ces petites cachotteries?

Bien entendu, on peut penser que l’ignorance favorise la peur et que la peur maintiendra la grande majorité de la population dans un état de vigilance constant à la COVID-19. Mais à quel prix? Et avec quelle efficacité?

Lorsqu’une majorité de Québécois qui ne sont ni médecins, ni travailleurs essentiels, verront leur solde bancaire fondre comme neige au soleil du printemps, déjà que les fonds de retraite en ont pris pour un bon rhume, il est fort à parier que la vigilance à la COVID-19 cédera graduellement sa place à un calcul avantages-coûts bien personnel pour réclamer la réouverture des commerces et la levée des restrictions des déplacements et des libertés individuelles pour «aller ouvrir le chalet», effectuer le changement saisonnier des pneus, prendre une crème glacée avec les enfants, qu’il faut bien divertir après tout ce temps, ou tout simplement aller faire le plein de vitamine D sur l’une des nombreuses terrasses de la rue des Forges à Trois-Rivières, de la rue Saint-Denis à Montréal ou sur la Grande-Allée à Québec. Il est grand temps pour le Gouvernement du Québec de faire preuve d’une plus grande transparence et de rendre public l’ensemble des scénarios épidémiologiques. Ces scénarios sont essentiels pour évaluer les bénéfices économiques collectifs des mesures de confinement qui visent à réduire les risques de mortalité de la COVID-19.

Même s’il est certain que nombreux Québécois ne seront pas convaincus du mérite des avantages du collectif par rapport à l’individuel par des calculs économiques bénéfices-coûts, de l’ordre de 1 à 1,8 fois le PIB annuel du Québec selon mes calculs à partir d’hypothèses de scénarios épidémiologiques, je pense qu’il sera plus facile pour le Gouvernement de rallier d’importants ambassadeurs parmi les chefs d’entreprises, les entrepreneurs, les chambres de commerce locales, les universitaires et la très grande majorité d’économistes qui se feront les apôtres du Docteur Arruda en professant les mérites économiques d’aplanir la courbe pour le bien commun et l’économie du Québec.