Le rituel du nouveau bar French Kiss continue de faire jaser.

La tradition du French Kiss Bar: une bonne occasion de rappeler la base du consentement

OPINIONS / Récemment, nous avons appris l’ouverture d’un nouveau bar sur la rue de la Pinède à Trois-Rivières. Portant le très éloquent nom de «French Kiss Bar», ce nouvel établissement propose une tradition qui a de quoi choquer. «Tous les soirs à 1 h du matin, une tournée générale de FRENCH KISS, notre shooter signature, sera proposée. Au signal du DJ, le shooter est consommé par tout le bar au même moment. Une fois le shooter pris, la tradition veut qu’un french kiss soit donné à la personne la plus proche.» (citation tirée de leur site Internet). À l’ère du #metoo et de la dénonciation massive de la culture du viol, une telle tradition me semble totalement déplacée. Associer la prise de shooter et un french avec son voisin ou sa voisine est sérieusement problématique. Je profite donc de cette tribune pour demander publiquement aux propriétaires du French Kiss Bar de retirer leur rituel, puisque celui-ci s’inscrit dans la culture du viol et n’a pas sa place dans notre société.

Inquiète, j’ai contacté les propriétaires du lieu via Facebook le 5 avril dernier. Je leur ai demandé comment le consentement à de tels rapprochements serait assuré, puisque l’alcool serait directement impliqué juste avant de donner ledit consentement. Ignorant la question de la consommation d’alcool, mon interlocuteur m’a assuré que leur équipe était «d’ores et déjà formée pour répondre à ces actes punis par la loi». Ils m’ont également affirmé que «le consentement est à la base de la démarche» et que «les risques d’agressions sont la priorité de notre équipe expérimentée et rodée aux problématiques des établissements nocturnes». Le hic, c’est que cette préoccupation, de même que la «formation» des employés, n’est affichée nulle part. Je leur ai demandé plus d’informations à ce sujet, sans toutefois obtenir de réponse. Dans une entrevue donnée au Nouvelliste le 13 avril dernier, le propriétaire, Noé Eve, a même avoué bien honnêtement ne pas voir la problématique, puisque «le consentement est à la base de tout». C’est, à mon avis, faire preuve d’une grande naïveté, car son concept milite dans le sens inverse de l’idée même de consentement à une activité de nature sexuelle.

En ce sens, je partage les propos du directeur général d’Éduc’alcool, Hubert Sacy, donnés dans cette même entrevue. Nous connaissons déjà les effets négatifs de la consommation d’alcool dans les bars, tels que la perte d’inhibition ou le risque de pression indue. La tradition que tentent d’implanter les propriétaires du French Kiss Bar profite de cette situation pour faciliter des rapprochements, en offrant de l’alcool et en incitant les gens à se frencher. Il y a matière à réflexion. Le consentement à un french n’est pas simplement donné en «se regardant dans le blanc des yeux», comme le sous-entend M. Eve.

Un french non désiré, de même que le harcèlement exercé pour avoir un tel rapprochement, est une agression à caractère sexuel. Pour s’assurer que le consentement soit donné de manière libre et éclairée, ce dernier doit être verbalisé, et ce, au moment de l’acte. Le simple fait qu’une personne se trouve dans le bar à 1 h n’est donc en aucun cas un signe de consentement, pas plus que le fait que celle-ci ait accepté de participer à la «tradition» en début de soirée.

Également, n’oublions pas que si une personne est trop ivre pour consentir véritablement au french, son consentement n’est pas valide et il y a agression à caractère sexuel.

Difficile d’imaginer comment le consentement peut être donné de manière libre et éclairée en ces circonstances.

Juliette Roberge

Trois-Rivières