Selon Pierre-André Julien, le milieu hospitalier est aux prises avec un problème de «décrochage» au sein du personnel, comme le rappelle la récente enquête auprès des infirmières. Le même phénomène se produit dans les écoles, ce qui laisse croire que les employés de l’État, dans bien des secteurs, n’en peuvent plus des effets des compressions.

La stratégie de pompier de nos deux gouvernements

L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

En 1983, quand j’étais vice-président de la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour, j’avais informé le directeur que celle-ci possédait toujours une maison sur un terrain excédentaire. Comme ce dernier ne savait pas comment s’en débarrasser, il l’avait offert aux pompiers volontaires afin d’y mettre le feu et de s’exercer à l’éteindre par la suite. Malheureusement, après plusieurs entrainements réussis, le feu, mal éteint, avait couvé toute la nuit pour reprendre de façon spectaculaire au matin et ne laisser, finalement, que quelques poutres noircies. Cette histoire ressemble à la stratégie du gouvernement du Québec qui, avec sa politique drastique d’austérités partout en 2015 et 2016, espère, d’une part, éteindre les dizaines de feux qu’il a ainsi créés à coup de saupoudrage, tandis que les employés mis à pied se sont trouvé un nouvel emploi, et d’autre part, croire que les citoyens vont oublier alors que ces feux s’étendent encore plus dans l’éducation, la santé, la culture, l’immigration, etc., et même dans l’environnement des affaires en région. 

Dans l’éducation, nul n’est besoin de réfléchir longtemps pour savoir que non seulement le stock d’immeubles continue à se détériorer, pendant que l’insalubrité augmente à défaut de moyens pour engager plus de concierges, qu’un grand nombre d’écoles explosent même en réquisitionnant tous les locaux possibles, ne laissant plus de place pour les casiers et favorisant, par exemple, le partage des poux, et que le personnel est débordé faute de soutien de spécialistes pour les cas lourds, mais que de plus en plus de jeunes enseignants décrochent. Et ce décrochage est encore plus vrai dans le milieu hospitalier, comme le rappelle la récente enquête auprès des infirmières; au point que les hôpitaux cherchent à engager encore plus d’infirmières françaises tout en refusant de multiplier les postes à temps plein pour les infirmières d’ici. Rappelons que ce gouvernement a donné dernièrement un autre 450 millions $ aux médecins et laisse même les hôpitaux payer une prime pour que les spécialistes arrivent à l’heure, faisant en sorte qu’il ne reste à peu plus rien de disponible de ce côté. En plus, il commence à s’engager pour plusieurs milliards de dollars pour un nouveau lien entre Québec et Lévis alors que tous les experts rappellent que toute nouvelle autoroute ne fait qu’augmenter le trafic. 

Sans compter la catastrophe du côté des immigrants puisque seul le tiers d’entre eux qui suivent les cours de francisation persistent jusqu’à la fin, et que ces services ont été coupés en région. On sait que cette francisation était un des moyens de répondre à la forte demande de main-d’œuvre, notamment dans les régions éloignées. Ajoutons un autre exemple de mauvais pompier de ce côté de la langue avec la réaction de la ministre responsable des liens avec les anglophones, Mme Weil, qui les insultent tout simplement en considérant qu’ils ne sont pas assez intelligents pour savoir ce que veut dire bonjour ; alors que n’importe quel Québécois qui voyage, après deux heures dans un autre pays, sait ce que veut dire Holà ! Guten Tag ! ou Buon Giorno !

D’autant plus que d’autres services aux entreprises, comme l’aide à l’innovation ou à l’augmentation de la productivité, sont disparus avec l’abolition des conseils locaux de développement. 

Pendant ce temps, des entreprises continuent non seulement à être vendues aux étrangers, tels, récemment, Atrium, mais même certaines sont tout simplement données comme dans le cas de la CSeries qui a été avalée par Airbus sans que cela ne lui coûte un sou et sans compter les centaines de millions toujours prévus pour développer les autres modèles. 

Dans un autre cas de feux qui couvent, on retrouve les engagements pour 2020 afin de répondre aux objectifs de la Conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques et que MM. Trudeau et Couillard ont pleinement acceptés, engagements que ni le Canada, ni le Québec n’ont quelque chance d’atteindre. Sachant que ces fausses promesses finiront par coûter de plus en plus cher à nos entreprises quand il faudra mettre les bouchés doubles et que les accords permettant de sanctionner les pays et, indirectement les entreprises, seront appliqués. 

Il est vrai que du côté du fédéral, à côté du théâtre de larmes de Trudeau, les feux se multiplient de même. Ainsi, la rénovation du système électoral a été abandonnée. La lutte pour une meilleure équité fiscale n’existe plus depuis qu’on soupçonne le ministre des Finances d’avoir participé à un délit d’initiés. À peu près rien n’est fait du côté des paradis fiscaux. En plus, ce gouvernement décide de ne pas taxer les entreprises américaines touchant les médias, tel Netflix. Le système de paye Phénix a des ratés graves et rien ne semble pouvoir les corriger. De même, on n’a pas fini de payer pour le fouillis entourant la légalisation du cannabis. D’autant plus que la plus grande partie de la production échappera aux producteurs québécois à cause de l’inertie de Québec. Etc. 

Tout cela quand on voit que plusieurs nuages s’annoncent à l’horizon, tels la fin très probable de l’ALENA, les contre-effets du Brexit alors que l’Angleterre est notre premier client européen, et l’Accord avec l’Europe dont les effets demeureront toujours imprécis tant que tous les États européens ne se seront pas prononcés. 

Mais avec ces pompiers qui savent allumer des feux, mais ne savent pas les éteindre, il faut malheureusement prévoir encore plus de problèmes pour l’année qui vient. 

Joyeux Noël et bonne année quand même!