La souveraineté linguistique du Québec

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Dans son édition du 11 août dernier, le quotidien Le Devoir faisait état des résultats d’une enquête menée par l’Institut de la statistique du Québec à la demande de l’Office québécois de la langue française. 

Ces résultats sont choquants après plus de quarante ans d’existence de la loi 101, laquelle par son article 46 interdisait aux entreprises d’exiger pour l’accès à un emploi ou à un poste la «connaissance spécifique d’une langue autre que la langue officielle à moins que l’accomplissement de la tâche ne nécessite une telle connaissance». Eh bien, on apprend que 40 % des entreprises au Québec et près de 63 % de celles-ci dans la grande région de Montréal ne respectent pas la loi, contribuant ainsi à affaiblir le statut de la langue française au Québec, et du coup, précarisant le droit absolu des francophones de pouvoir gagner leur vie dans leur langue officielle selon la loi, le français.

Pourquoi en est-on arrivé là? Parce que nos gouvernements ont laissé faire et n’ont pas au fil du temps renforcé cette loi fondamentale à bien des égards, tout en exigeant son respect en demandant régulièrement des comptes aux entreprises certes, mais aussi aux municipalités et arrondissements, lesquels selon l’enquête méprisent aussi l’article 46 à hauteur de 50 %.

Cependant, il faut noter que nos gouvernements eux-mêmes, souvent, donnent le mauvais exemple. Combien de fois remarquons-nous que nos politiciens se prêtent volontiers à répondre en anglais à des journalistes de la presse anglophone. Et qui n’a pas remarqué que, lors de la dernière campagne électorale, les chefs de nos partis politiques, d’un commun accord, ont accepté de se prêter à un débat en anglais, accréditant ainsi que le Québec était devenu bilingue, et ce, à l’encontre de notre loi 101?

Dans Le Devoir du 14 août, Brian Myles, en éditorial et d’entrée de jeu, s’exprime ainsi et avec raison: «Cette dérive inacceptable exige des correctifs fermes et immédiats du gouvernement Legault, qui a trop traîné en matière de protection du français.» Et il ajoutait, en conclusion, avec pertinence: «L’essor d’une langue et d’une culture française commune ne peut dépendre uniquement de codifications législatives. Ce devoir nous renvoie à notre responsabilité collective comme société d’accueil ouverte, juste et tolérante.»

Suivant le titre donné au présent texte, j’ajouterais que le temps est venu au Québec non seulement de rafistoler notre loi 101 pour lui donner plus de mordant mais de revendiquer notre pleine souveraineté en matière linguistique pour ne plus être entravé par d’éventuels jugements de la Cour suprême, qui trop souvent ont ébréché cette loi fondatrice pour le Québec, donnant ainsi le feu vert à des transgressions en tout genre comme vient de nous le révéler, par son enquête, l’Office de la langue française.

Mais comment arriver à cette souveraineté? Bien sûr, l’indépendance du Québec le permettrait. Mais ce n’est pas pour demain, et il y a urgence. La seule option qui, au moins dans l’avenir immédiat, permettrait aux Québécois de garder le moral et surtout la conviction qu’il faut rapidement améliorer, et sans relâche, le statut du français au Québec serait que le gouvernement Legault décide de doter le Québec d’une Constitution nationale. Une Constitution qui définirait qui nous sommes comme Québécois. Une Constitution qui établirait clairement que l’avenir de notre peuple exige minimalement une pleine souveraineté en matière de langue, de culture, d’information, d’immigration, mais aussi d’environnement. Une Constitution, enfin, qui devrait être intégrée de plein droit à la Constitution canadienne dont l’ouverture devrait être demandée aussitôt qu’elle sera adoptée préalablement par l’Assemblée nationale, ce qui devrait se faire avant le prochain scrutin électoral en 2022.

Voilà ce qui donnerait confiance et espoir que le Québec français a encore vraiment un avenir.

Denis Forcier
Shefford