La Saint-Jean, notre fête nationale

OPINION / La mode est malheureusement à déboulonner nos monuments comme si l’histoire de nos racines n’avait plus aucune importance pour nous. C’est dommage!

C’est d’une certaine façon le sort que nous avons réservé à Jean-Baptiste, en prenant soin de ne plus prononcer son nom, ou presque, le 24 juin à part cette année toutefois… jusqu’à un certain point. Ceci dit en précisant que j’adore l’appellation «Fête nationale» jumelée à «fête de la Saint-Jean».

Je peux comprendre si je me réfère aux parades de mon enfance alors qu’on nous présentait, dans le dernier char allégorique, un bel enfant blond tout frisé avec, à ses côtés, un mignon mouton blanc…

Comme si on voulait nous donner, comme peuple, un modèle de docilité et de soumission à imiter.

Aussi il y a la désertion de la religion qui peut expliquer cette attitude. Ce que je peux comprendre.

Par contre, Jean-Baptiste est un personnage de l’Évangile avant tout. Texte dont certains athées convaincus disent s’inspirer à cause de son humanité. De plus, ne nous est-il pas rapporté que Gandhi, apôtre hindouiste de la non-violence, s’en nourrissait également?

À part cette année ai-je mentionné. C’est qu’effectivement cette année plusieurs chroniqueurs, tant de la télévision que de la presse écrite, nous parlaient sans complexe de «la fête de la Saint-Jean».

J’avoue en avoir été surprise, et j’ai même le goût de dire que j’en étais heureuse même si je suis en parfait accord avec notre loi sur la laïcité.

N’avons-nous pas besoin de modèles racés, de modèles qui n’ont pas froid aux yeux, qui n’ont pas la langue de bois. Ce qu’était le Jean-Baptiste de l’Évangile. Contrairement au petit enfant blond de nos défilés d’antan.

Jean le Baptiste était un homme libre qui savait tenir en haleine tant les autorités politiques que religieuses de son temps. À un point tel qu’on lui a coupé la tête. C’est lui qui a préparé le chemin de Jésus de Nazareth. Les paroles que prononce ce dernier à son sujet en disent long d’ailleurs sur leur relation: «Jean-Baptiste n’est pas un roseau agité par le vent. Non seulement il est un prophète, il est plus qu’un prophète. Personne même n’est plus grand que lui parmi les fils de la femme».

Et nous savons ce qu’est un prophète. C’est un éveilleur de conscience. Quelqu’un qui ressent et perçoit les événements avant tout le monde et qui ne craint pas de les démasquer en toute connaissance de cause, d’en assumer d’avance les représailles qui s’ensuivent.

Je crois qu’à penser aux maux qui affligent notre société québécoise à plusieurs égards, il n’est pas exagéré de dire que, comme individus et comme peuple, nous n’avons pas à déboulonner psychologiquement la mentalité ou l’esprit libre de Jean-Baptiste.

Pierrette Maheu

Trois-Rivières