L’usine Sural est en faillite depuis février 2019. Les nuages sombrent font maintenant place à un espoir de relance.

La relance de l’entreprise Sural: un impératif!

OPINIONS / L’auteur, Jean-Claude Bernatchez, est professeur titulaire en relations de travail, à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Sural Bécancour est le prolongement d’une usine de tiges d’aluminium issue d’un projet du Gouvernement du Québec dans les années 90 visant à accentuer la transformation secondaire dans une industrie de l’aluminium trop axée sur la production de première fusion. En 2000, Alcoa, qui avait acquis l’Aluminerie de Deschambault deux ans auparavant, acquiert la Société Reynolds qui possédait au Québec l’aluminerie de Baie-Comeau et l’usine de tiges de Bécancour.

En novembre 2014, Alcoa cède ladite usine de tiges à la Compagnie Sural du Venezuela. C’était sans compter sur la crise économique vénézuélienne qui, depuis l’année 2012, est toujours active. De ce terreau, le taux d’inflation vénézuélien a explosé, détruisant la valeur de la monnaie du pays: le bolivar. La faillite de Sural était alors écrite dans le ciel. D’une part, l’ABI ne pouvait plus l’alimenter à cause de son lock-out et d’autre part, Sural ne pouvait plus acheter de l’aluminium, l’argent vénézuélien ne valant presque rien par rapport au dollar canadien.

Selon le Rapport annuel «2017-2018» d’Investissement Québec, Sural Bécancour et Sural Victoriaville devaient conjointement plus de 28 millions de dollars à l’ABI au 31 mars 2018, une créance douteuse qui excéderait actuellement 40 millions. En février 2019, c’est la faillite confirmée de Sural. La soixantaine de travailleurs de Sural Bécancour et la trentaine de salariés de Sural Victoriaville, tous syndiqués au Syndicat des métallos, sont mis à pied. Contrairement à Sural Bécancour, la création de Sural Victoriaville est récente, remontant à l’année 2015. L’entreprise s’alimentait en blocs d’aluminium qu’elle fondait pour en faire des tiges.

Force du destin, ABI et Sural étaient liés comme deux larrons en foire. Cette liaison tirait sa légitimité du fait qu’ABI possède un avantage économique à expédier de l’aluminium chaud dans son environnement de proximité, car cette stratégie, outre l’encaissement potentiel d’un profit, soulage les opérations à sa fonderie et ses scies. En outre, la fabrication de tiges d’aluminium satisfait un principe de diversification industrielle qui interpelle le Gouvernement du Québec. Cette nécessité économique, juxtaposée au besoin de protéger des emplois de qualité, incitent vraisemblablement le Syndicat des métallos, qui représente les salariés largués par la fermeture des usines précitées, à s’occuper d’eux autant que faire se peut.

Entre Sural Bécancour et Sural Victoriaville, les conditions de travail sont différentes. Par exemple, en 2018, un opérateur chez Sural Bécancour gagnait entre 30 et 40 dollars de l’heure contrairement à son collègue de Sural Victoriaville qui en recevait seulement entre 20 et 25. Les salariés de Sural Bécancour ont donc bénéficié des avantages négociés pour l’ABI au temps où ils y appartenaient. La convention collective des salariés de Sural Bécancour est en vigueur jusqu’au 31 mars 2022 et celle de Sural Victoriaville vaut jusqu’en mars 2021. Le Code du travail, à son article 45, prévoit que les conditions de travail antérieurement négociées feraient partie de la transaction d’un futur acquéreur de Sural.

La stratégie syndicale d’accompagnement des ex-salariés de Sural est certes méritoire et le Gouvernement du Québec devrait la soutenir de son mieux. Car il est toujours pertinent de valoriser la transformation secondaire de l’aluminium afin promouvoir l’innovation industrielle et créer des emplois manufacturiers de qualité. Relancer l’usine de tiges de Bécancour se perçoit sous l’angle d’une affaire d’État comme ce le fut de la créer en 1992. Quant à l’ABI, son intérêt de racheter Sural Bécancour et à la limite Sural Victoriaville, résiderait dans une tentative de retrouver la somme colossale qu’elle a enfouie chez un client devenu insolvable. À moins que la compagnie Rio Tinto, qui possède 25% de la valeur de l’ABI, et apparemment en meilleure condition financière qu’Alcoa, ne la remplace comme acquéreur de Sural.