La prostitution: pour ou contre?

L’auteure, Nicole Hamel, est coordonnatrice au CALACS Entraid’Action de Shawinigan.

Certaines d’entre vous ont certainement entendu parler du débat en cours sur la prostitution ou l’exploitation sexuelle. La Fédération des femmes du Québec l’a fait rejaillir dans les milieux féministes en se positionnant plutôt vers une avenue qui reconnaît la prostitution comme un choix des femmes. Les CALACS considèrent l’exploitation sexuelle comme de la violence commise envers les femmes.

Pour certaines, la prostitution doit être légalisée, pour d’autres elle doit être criminalisée. Une troisième tendance s’ajoute: la réduction des méfaits.

Légaliser la prostitution valide le fait qu’elle est considérée comme un travail et par ce fait, assure une plus grande sécurité aux femmes qui la pratiquent (ou la subissent selon notre point de vue).

«L’agentivité des femmes dans la prostitution/industrie du sexe incluant le consentement à leurs activités» est un nouveau terme pour confirmer la capacité des femmes à faire des choix dont, dans ce cas-ci, dire oui ou non au travail du sexe.

Les tenants de la prostitution comme un travail tiennent à ce langage, car il ouvre la porte à demander le retrait de toutes lois s’attaquant à l’industrie du sexe (telle que celle adoptée en 2014 criminalisant l’achat d’actes sexuels au Canada et la vente des actes sexuels d’autrui) et à affirmer que si on est contre la prostitution comme système et comme pratique patriarcale, nous sommes contre les femmes qui ont «choisi» d’être là.

La position «abolitionniste» adoptée par les membres du Regroupement québécois des CALACS considère l’actuelle loi comme nécessaire et n’invoque en rien une opposition envers les femmes «qui ont choisi d’être là». Toutefois, force est de constater que le choix de nombreuses femmes de faire «ce travail» repose sur des causes liées à la pauvreté, sur les effets d’une agression sexuelle vécue dans le passé, sur le recrutement de gangs de rue ou de proxénètes… Les conséquences importantes vécues par ces femmes à la suite d’un vécu en prostitution sont importantes et cela négativement pour elles (problèmes physiques, toxicomanie, perte de pouvoir sur leur vie, etc.).

Nous pensons plutôt que la grande majorité d’entre elles entrent en prostitution non pas par choix mais par nécessité. Nous sommes assurées que si d’autres avenues étaient offertes à ces femmes, leur «choix» (si tel est le cas), serait bien différent.

Il n’en demeure pas moins que l’exploitation sexuelle atteint les personnes plus vulnérables et s’inscrit dans un continuum de violence faite aux femmes.

Dans les CALACS, nous accueillons toutes les femmes sans discrimination et nous travaillons avec elles afin d’améliorer leurs conditions de vie et la reprise de pouvoir sur leur vie, pouvoir trop souvent perdu par une prise de contrôle sur leur corps.