Des piétons masqués passant devant une murale de l’artisteakse_p19, à Manchester, au Royaume-Uni.
Des piétons masqués passant devant une murale de l’artisteakse_p19, à Manchester, au Royaume-Uni.

La peur de l’autre

Georges Fortin
Georges Fortin
Baie-Saint-Paul
POINT DE VUE / Vivement un vaccin, me direz-vous! Et nous voilà tous rivés dans l’attente de cette aiguille salvatrice contre la COVID-19. Fin 2020? Début 2021? Lancez vos paris. Faites vos jeux!

Pourtant, même les vaccins contre la grippe saisonnière ne se sont pas révélés être une panacée au fil des ans. Et l’Histoire nous enseigne que chaque pandémie doit faire son temps, s’étalant sur 12 à 18 mois. Bref, prendre son mal en patience est la meilleure des vertus plutôt que d’espérer une totale éradication de cette saleté microscopique.

En attendant des jours meilleurs, cette crise sanitaire jette une lumière sur les possibles séquelles que laissera autant sur notre «psyché» cette grande paranoïa planétaire, et je pèse ici mes mots, qu’a générée la pandémie de COVID-19. Des événements de cette nature ont souvent contribué, dans l’histoire de l’humanité, à fixer de puissants jalons qui différencient l’avant de l’après.

Cependant, comme on le sait tous, l’humain, lorsqu’il est confronté à quelque chose de sans précédent, qui pose sur lui une nouvelle menace sur lequel, par surcroît, tout contrôle que ce soit lui échappe, a tendance à se métamorphoser en bête apeurée privée de ses repères. Ce faisant, il ne peut qu’être en proie à l’effroi, bien entretenu par un matraquage médiatique sur le virus parfois plus sensationnel et immodéré que mesuré. Il ne suffit que de se remémorer la pénurie de papier hygiénique suite à cette ruée déplorable dans les épiceries!

La bonne nouvelle, s’il en est une, est que l’homme possède cette capacité d’adaptation aux changements brusques qui lui sont imposés.

L’amnésie jouant aussi son rôle au fur et à mesure que la poussière retombe. Heureusement! S’il est bien avéré depuis des temps immémoriaux que les grands tournants de l’Histoire amènent des ruptures douloureuses, il ne faut pas circonscrire ces grands moments-clés à leurs seuls aspects négatifs, car il en résulte des éléments de continuité qui peuvent, à long terme, bien s’imbriquer aux nouvelles conditions imposées par cette cassure subite avec un passé brutalement confisqué.

Ce principe s’appliquera-t-il à la pandémie actuelle? Pourquoi pas! Pensons ici au télétravail, au commerce en ligne et aux mesures sanitaires propulsés par la crise. Rupture et continuité, disent les historiens! Pas si contradictoire que cela puisse le paraître.

De quoi demain sera-t-il fait? Bonne question. Ma seule crainte est qu’il subsistera, quand ce virus s’estompera sous les assauts du vaccin, une espèce de «peur de l’autre». Cette hantise d’être contaminé. D’infecter son prochain. D’un réflexe latent d’éloignement sociétal acquis par cette consigne sanitaire du deux mètres. Pas du tout souhaitable. Ce ne serait pas jojo. Une dernière question me taraude: après le SRAS en 2003, le H1N1 en 2009 et la COVID-19 en 2020, devrons-nous nous replonger dans une telle hystérie sanitaire, paralyser l’économie mondiale et mettre un frein à toutes nos activités dès qu’une nouvelle souche virale fera son apparition dans cinq ou sept ans? Ce qui ne manquera certes pas de se produire avec la surpopulation, le réchauffement global et l’accroissement des échanges mondiaux. Poser la question, c’est y répondre.