Selon l'auteur, les appareils électroniques prennent trop de place dans nos vies.

La petite voix intérieure

Ça va peut-être vous surprendre mais je m’inquiète à propos de ma petite voix, vous savez celle qui jacasse sans arrêt dans votre tête. Quand j’étais jeune et que je l’écoutais, j’en oubliais le prof en avant. On appelait ça: «être dans la Lune».

Depuis ma naissance, c’est mon ami imaginaire, c’est avec elle que je philosophe, que je fais de l’introspection ce que les curés appellent l’examen de conscience. De ces réflexions, parfois, naissent des idées, des repentirs, des désirs de faire mieux la prochaine fois. Pour certains, ça leur a permis de découvrir que E=mc2 ou encore de recevoir une pomme sur la tête et découvrir ainsi les lois de la gravité.

Oui, je m’inquiète pour elle car j’ai peur qu’elle soit détrônée. Elle a de nouvelles rivales. Le téléphone. Qui se rappelle à moi régulièrement, oui il sonne, c’est une de ses fonctions et puis il fait des sons à la R2D2 chaque fois que quelqu’un m’écrit ou commente une publication je réagis comme le chien de Pavlov. Quand je prends la route une petite voix peut même me dire: «À 500 mètres, tournez à gauche». Alors on obéit dévotement plutôt que de se fier aux panneaux de signalisation. Si ce n’est pas suffisant, il y a Google Home. Eh oui! Il s’introduit chez vous, vous lui parlez ainsi il vous rappellera que vous avez un rendez-vous chez le dentiste, que c’est l’heure de vos médicaments, etc. Il y a aussi la montre qui vous indique pendant votre jogging où en est votre rythme cardiaque, votre pression, le nombre de pas ou de kilomètres parcourus. C’est encore mieux si votre maison est intelligente. Elle saura gérer la température avec intelligence, cuire le poulet à distance, activer le système d’alarme, ouvrir la porte du garage à votre arrivée (petit rappel de votre frigo: vous manquez de lait).

Il va de soi que toutes ces voix n’ont qu’un seul but: vous faciliter la vie. Le robot qui rappelle que c’est l’heure de prendre votre insuline le fait pour votre bien. Mais il s’insinue chez vous, dans vos pensées et crée une dépendance.

Tous ces bidules portent l’épithète «intelligent»: téléphone intelligent, voiture, maison, intelligence artificielle. Suis-je en train d’abdiquer mon intelligence pour la remplacer par les GAFA? Ce genre d’intelligence qui vous fait piétiner des consommateurs qui attendent l’ouverture des magasins un Black Friday alors que j’aurais dû écouter ma petite voix qui me disait: «En as-tu vraiment besoin?» Jusqu’où peut mener la mort de la petite voix?

Tout jeune, quand j’étais dans la Lune, à cette époque les Américains ne l’avaient pas encore décrochée.

Clermont Boies

Nicolet