Le recteur de l’UQTR, Daniel McMahon.

La négociation entre l’UQTR et ses professeurs: un résultat gagnant-gagnant

L’auteur, Jean-Claude Bernatchez, est professeur titulaire en relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Le 4 septembre 2018, les professeurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) ont approuvé l’entente de principe intervenue entre leur syndicat et la direction de l’Université dans une proportion de 85 %. Pourtant la négociation déjà en cours depuis plus d’une année avait tourné au vinaigre suite au déclenchement d’un lock-out au début de mai 2017. Face à un mur budgétaire, le recteur McMahon a choisi la voie de la négociation concessive. Les concessions exigées des professeurs portaient spécialement sur les postes et la tâche d’enseignement. Par ailleurs, le Syndicat des professeurs, s’en tenant au statu quo, souhaitait maintenir un modèle professoral traditionnel c’est-à-dire conforme à celui observé dans les autres universités québécoises.

Voyons les enjeux de cette négociation sous l’angle des cinq stratégies suivantes:

Au plan du pouvoir, la mise en lock-out des professeurs les a abondamment surpris. La plupart d’entre eux ne s’y attendaient pas. Devant cela, leur syndicat a obtenu l’appui indéfectible de la ministre de l’Enseignement supérieur Hélène David, qui a dénoncé le lock-out, exigeant qu’il cesse sans délai. En retour, le recteur McMahon a joué de son mieux une carte politique en témoignant d’une assurance que le premier ministre du Québec lui donnait s’il levait son lock-out. En effet, Philippe Couillard l’aurait assuré que son gouvernement adopterait une loi qui d’une part, imposerait le retour au travail des professeurs et d’autre part, déterminerait leurs conditions de travail. C’est dans ce contexte singulier que le lockout fut levé à sa onzième journée.

Au plan relationnel, le recteur McMahon possède apparemment ses entrées au gouvernement du Québec. Et cela peut servir la cause de l’Université dans d’autres contextes. Mais d’un autre côté, les professeurs lockoutés ont reçu l’appui d’une bonne partie de l’opinion publique. Juxtaposée à l’appui ministériel précité, cette négociation s’est rapidement politisée.

Au plan argumentatif, le recteur McMahon y allait d’une série de mesures budgétaires restrictives qu’il liait à un passage obligé: l’équilibre budgétaire de l’UQTR. Le Syndicat contre-argumentait sur la nécessité de protéger un modèle professoral conforme d’une part, à la tradition et d’autre part, à ce qui est observable dans d’autres universités compétitives.

Au plan temporel, il fallait faire vite, des élections législatives pointant à l’horizon. En effet, la ministre Hélène David avait fixé le 4 septembre 2018 comme date butoir pour l’acceptation d’une entente de principe tant du côté syndical que patronal, sous-entendant qu’après ce moment, elle ne serait plus disponible spécialement à cause de la campagne électorale.

Au plan informationnel, les parties ont bénéficié d’un écho substantiel de la presse écrite et parlée. En outre, des professeurs, individuellement, ont fréquemment fait valoir leurs opinions dans les médias d’information. Par ailleurs, la direction de l’UQTR a cherché à gérer de son mieux la désapprobation de son lock-out dans l’opinion publique. Finalement, le recteur McMahon s’est déclaré satisfait du fait que les professeurs avaient accepté l’entente de principe après l’avoir fait valoir auprès de ses propres structures décisionnelles, spécialement le conseil d’administration de l’Université.

À bon droit, le recteur McMahon indique qu’il est temps de regarder en avant. À cela, les professeurs vont probablement le suivre si les leçons d’usage en sont tirées. L’UQTR doit reconstruire sa relation professionnelle avec ses professeurs et repenser plusieurs pratiques administratives. Quant au recteur, ce qui s’est passé a certes plombé son image auprès du corps professoral mais tout cela lui aura probablement permis de refinancer son université et de parvenir à la réalisation d’un objectif qui, visiblement, l’absorbe: l’équilibre budgétaire.

C’est ce qui attribue à cette négociation un résultat «gagnant-gagnant». En effet, les demandes des professeurs sont essentiellement exaucées et le recteur McMahon obtient vraisemblablement un refinancement convenable. Finalement, s’ajoute une bonne nouvelle: en ce début d’année académique, l’UQTR témoigne d’une augmentation de sa clientèle estudiantine tout en conservant ses exigences à l’admission. Les étudiants et le corps professoral sont à nouveau réunis. Ainsi, l’UQTR reste vouée à un avenir prometteur dans une ville qui peut se targuer d’une belle qualité de vie!