L’auteure a été outrée par les propositions patronales concernant les négociations pour le renouvellement de la convention collective des professeurs de l’UQTR.

La négociation en mode ralenti… à vous toutes et tous merci de tout cœur!

L’auteure, Diane Gagné, est professeure en relations de travail à l’École de gestion de l’UQTR.

Comme la grande majorité des professeurs et des professeures de l’UQTR (94 % puis 87,3 %), j’ai été outrée par les propositions patronales concernant les négociations pour le renouvellement de notre convention collective. Ce non-respect pour notre profession que nous exerçons avec tout notre cœur, toute notre passion m’avait incité, en mars dernier, à discourir sur les défis liés au militantisme et à la mobilisation syndicale en période de négociation. L’objectif étant d’apporter un éclairage polymorphique sur l’importance de la mobilisation syndicale, en abordant certains des défis liés à cet enjeu dans le milieu universitaire. De prime abord, m’inspirant des propos publiés à l’automne dernier par les officiers du comité exécutif du Syndicat, l’intention était d’inciter mes collègues à l’engagement. À vous toutes et tous merci, pour cet engagement! Il m’apparaît aujourd’hui tout aussi judicieux de revaloriser notre profession et d’insister sur les dangers qui guettent le rôle et l’influence des professeurs dans le développement de l’Université.

Selon Woods (1975), la liberté académique repose sur cinq socles, qui concourent à la transmission et au développement des savoirs. Il s’agit de: 1) la liberté de sélectionner et promouvoir les professeurs; 2) l’élaboration des programmes d’enseignement; 3) une liberté quasi totale quant aux méthodes d’enseignement; 4) la sélection et la promotion des étudiants; 5) la détermination des programmes de recherche (développement des connaissances). Le défaut de défendre les pôles de cette liberté académique pourrait conduire à diviser le corps professoral en dirigeants et employés. À ce moment, la direction, comme nous le constatons maintenant, n’est plus le défenseur n’y le porte-parole de la mission universitaire, avec tous les dangers que cela comporte. Parmi les plus pernicieux, nous avons recensé de manière non exhaustive les risques de politiser les budgets, de mettre l’accent sur le caractère salarié des professeurs, de commercialiser la mission de l’université, de privilégier une approche de gestion managériale qui vise la rentabilité comme si produire des savoirs équivalait à la production d’un produit, l’infantilisation et la déresponsabilisation des directeurs de programmes et la non-reconnaissance des différentes réalités disciplinaires.

Le travail de professeur confère une remarquable liberté d’innover et d’action qui s’accompagne de devoirs et de contraintes tout aussi notables. Par exemple, les professeurs, dans leur quotidien, sont constamment soumis aux jugements de tiers partis. Cette évaluation constante qu’elle soit le fait des pairs (demandes de subvention, publication d’article, promotion, permanence, etc.), des étudiants (évaluation des enseignements, de l’encadrement, de la disponibilité, etc.), de la direction (gestion de programme, participation aux comités, services à la collectivité, etc.), des organismes subventionnaires ou des commanditaires et l’avènement des médias sociaux, des nouvelles technologies, de l’enseignement à distance ou disponible en ligne à demande augmentent la pression sur les professeurs, diminuent la liberté d’action voire d’expression et demandent des disponibilités quasi illimitées. Conséquemment, «la note de passage n’est pas un critère suffisant pour l’enseignement académique ou le développement des connaissances.» (Woods, 1975)

Dès lors, les stratégies syndicales doivent s’exercer sur deux axes d’action: la liberté académique ou la défense de notre pouvoir décisionnel et la défense des droits des professeurs en tant qu’employés. Le corps professoral, dans son entièreté, devient garant de la qualité de la transmission des connaissances et du développement des savoirs et du rayonnement dans la communauté. Si bien que le militantisme et la mobilisation syndicale influenceront positivement et directement le rapport de force. Ces actions, ses stratégies et ses coalitions passent par une masse critique de personnes qui accomplissent des actions bénéfiques à l’œuvre collective, aujourd’hui, la négociation d’une convention collective qui protégera notre liberté académique et notre équilibre de vie. Demain, par la reprise en charge de la direction de notre institution.

Afin de favoriser le militantisme et la mobilisation syndicale, chacun d’entre nous doit: croire en sa mission individuelle et collective d’universitaire; respecter les différences; être loyal à sa profession et sa mission; croire en la légitimité des revendications; croire et travailler pour le bien supérieur de la mission universitaire; exprimer fièrement son statut de professeur; prendre la place qui lui revient au sein des différentes instances; et exercer cette liberté académique pour la construction d’une véritable solidarité, au-delà de la méritocratie. Cette vision commune, il faut la bâtir au-delà des intérêts divergents, des différences ou des priorités administratives dans l’engagement à faire respecter cette liberté académique qui fait notre spécificité et qui devrait être notre fierté.

Pour rappel ma présentation, en mars 2018, s’était conclue sur un sage dicton africain: «seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin» et sur les paroles inspirantes d’Henry Ford «venir ensemble est un commencement; rester ensemble est un progrès; travailler ensemble est un succès.».