La Fédération québécoise des municipalités demande au prochain gouvernement du Québec de se doter d’une vision cohérente de la régionalisation de l’immigration, accompagnée du soutien financier conséquent.

La nécessaire régionalisation de l’immigration

L’auteur, Jacques Demers, est maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et président de la Fédération québécoise des municipalités.

Pour plusieurs, le Québec des régions a longtemps été associé à un taux de chômage élevé et à une dépendance à l’État. Aujourd’hui, nous retrouvons des milliers d’emplois dans nos municipalités en milieu rural et périurbain qui demeurent malheureusement non comblés. Le taux de chômage de certaines régions, telles Chaudière-Appalaches, l’Estrie et la Montérégie est maintenant inférieur à 4 %, une situation inusitée qui frise le plein emploi.

À court terme, il faut se réjouir de ces bas taux de chômage qui signalent un niveau de détresse économique moins élevé dans nos communautés. Ils semblent à première vue le reflet d’une vitalité économique indéniable. Toutefois, ces chiffres cachent une réalité moins heureuse: entre 2012 et 2017, les municipalités de moins de 10 000 habitants situées à l’extérieur des régions métropolitaines et des capitales régionales ont vu disparaître près de 50 000 emplois sur leur territoire.

Cependant, un Québec en santé est un Québec dont l’ensemble de ses régions participent et se partagent la croissance économique. Un Québec où la mixité des territoires est favorisée et où les territoires urbains et ruraux se complémentent de façon à permettre l’épanouissement de l’ensemble des Québécoises et Québécois.

Or, force est de constater qu’au moment où les grandes villes additionnent les nouveaux emplois, les régions du Québec doivent se battre pour conserver ceux déjà en place, faute de main-d’œuvre disponible. À long terme, une telle tendance ne peut mener qu’à une perte de vitalité économique dans nos régions.

Un Québec fort de ses régions
Pour la Fédération québécoise des municipalités (FQM), il est indéniable que l’immigration fait partie intégrante de la solution à cette décroissance de la main-d’œuvre disponible. Au Québec, plus de la moitié des nouveaux emplois créés dans les dernières années ont été comblés par des personnes immigrantes. Cependant, entre 2011 et 2016, les régions non adjacentes à Montréal ou Québec n’ont accueilli que 10 % des nouveaux arrivants, et ce, même si elles représentent plus de 35 % de la population québécoise. Cette situation doit impérativement changer. L’immigration doit devenir une avenue pour l’ensemble des communautés du Québec.

Après plusieurs années de succès inégaux dans la régionalisation de l’immigration, des investissements intéressants ont été annoncés lors du dernier budget provincial afin de remédier à cette problématique, et de rétablir une présence du ministère de l’Immigration en région. Peu importe le gouvernement qui sera en place le 2 octobre, la FQM demande aux partis politiques de s’engager à les maintenir. Une direction claire et continue dans le temps est nécessaire. Il faut une réelle présence du ministère par la remise en place de bureaux régionaux afin d’assurer une coordination efficiente de l’accueil des immigrants.

La probabilité qu’une personne immigrante demeure en région est significativement plus élevée s’il s’agit de son premier lieu d’habitation au Québec et si les emplois disponibles répondent à ses compétences. L’appartenance au milieu et la disponibilité des services sont des déterminants importants du maintien ou non d’un immigrant en région. En effet, une personne qui immigre choisit plus qu’un travail, elle choisit un milieu de vie pour elle-même et sa famille. Il faut donc s’assurer que les critères en place sont adéquats et favorisent l’arrivée et le maintien des immigrants en région. Toutefois, pour réussir la régionalisation de l’immigration, il faudra également réserver une place importante au milieu municipal, responsable du développement économique local.

Personne n’est mieux placé pour comprendre les besoins des nouveaux immigrants et favoriser leur intégration que ceux qui travaillent sur le terrain, en région, et qui connaissent la réalité sociale et économique de leur milieu. Depuis plusieurs années, de nombreuses initiatives ont été mises en place afin de faciliter l’intégration des personnes immigrantes. Souvent, la municipalité ou la MRC se trouve au cœur de ces actions et de ces interventions.

La FQM demande au prochain gouvernement du Québec de se doter d’une vision cohérente de la régionalisation de l’immigration, accompagnée du soutien financier conséquent. À long terme, l’absence d’une telle stratégie serait désastreuse pour la vitalité économique de nos régions qui ressentent déjà durement les effets du vieillissement de leur population.