Le préfet de la MRC de Maskinongé, Robert Lalonde, a préféré ne pas faire connaître localement la position de la MRC concernant la mise en œuvre de la Loi des hydrocarbures, ce que déplore l’auteur de cette lettre.

La MRC silencieuse

L’auteur, Pierre Foisy, est membre du Comité Vigilance Hydrocarbures des municipalités de la MRC de Maskinongé.

Médusé par le tourbillon des promesses libérales d’adoucir le contenu des projets de règlements de la mise en œuvre de la Loi des hydrocarbures et de préserver un espace de manœuvre dans l’aménagement du territoire, monsieur le préfet de la MRC de Maskinongé a annoncé à la séance du conseil des élus du mois de décembre qu’il ne voyait pas la nécessité de remettre à la consultation du ministre Moreau ses commentaires négatifs exprimés sur ces mêmes règlements lors du conseil des élus du mois d’octobre dernier. 

Se retranchant derrière la position de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) qui rejetait lesdits projets de règlements lors de son assemblée générale de septembre, monsieur le préfet, Robert Lalonde, dont on salue l’appui à la résolution de la FQM, ne souhaite cependant pas faire connaître localement la position de la MRC. Conséquemment, il maintient la culture du silence sur les enjeux régionaux importants alors que la consultation citoyenne serait souhaitable. Négligeant le devoir moral qui incombe à sa fonction, il prive d’informations la population qui ignore tout des impacts générés par ces projets de règlements.

Ainsi l’annonce des distances séparatrices trop petites variant de 40 à 275 mètres entre les forages et les parcs, les rivières, les lacs, le fleuve, les milieux habités, les centres hospitaliers et ceux de la petite enfance ne sera pas connue de la population maskinongeoise. Pas plus, les effets sur les réserves d’eau potable et la nocivité des produits utilisés dans les forages par fracturation hydraulique ne feront l’objet d’une sensibilisation publique. Encore moins les inconvénients engendrés par la présence d’immenses plateformes de forage occasionnant une circulation importante de camions lourds et la présence de machinerie industrielle bruyante 24 heures sur 24, sept jours semaine. 

Déjà, des années 1950 à 2005, la MRC de Maskinongé avait connu pas moins d’une cinquantaine de forages conventionnels, la municipalité de Yamachiche se classant parmi la quarantaine de villes du Québec où les forages étaient les plus nombreux. Qui sait que 50 % du territoire de la MRC est sous licence d’exploration pétrogazières et que les municipalités de Maskinongé, Louiseville, Yamachiche, Saint-Sévère et Saint-Barnabé le sont à 100 %?

Silence aussi sur les fuites de méthane générées par les forages pétrogaziers anciens. Il est estimé qu’au moins le tiers des 960 forages pratiqués au Québec fuit. Sur la rive sud du Saint-Laurent, un groupe de citoyens autorisé a fait des relevés sur les forages récents pour constater que 19 des 32 puits inspectés laissaient échapper du méthane. 

Encore pire, il ne sera pas remis en question le concept ou le mensonge entretenu par les industries pétrogazières et le gouvernement à savoir que le gaz naturel «dit propre» assurerait une transition énergétique prometteuse alors que, dans les faits, ce gaz composé à 95 % de méthane est un grand producteur de gaz à effet de serre. Lors de la 46e session du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) tenue à Montréal en septembre, des scientifiques sont venus reconfirmer que le gaz naturel est composé à 95 % de méthane et génère sur une période de vingt ans 86 % plus de GES que le carbone produit par le pétrole. Il n’y a donc pas là une transition qui permettrait d’atteindre les objectifs de «décarbonisation» annoncés par le gouvernement Couillard.

Alors que plus de 15 000 scientifiques issus de 184 pays s’inquiètent du rythme du réchauffement climatique dont les impacts n’ont pas de domicile fixe, ici dans Maskinongé, les différentes instances administratives et politiques, la MRC en tête, gardent dans le placard la menace que constituent les hydrocarbures. 

Pendant ce temps, l‘Union des producteurs agricoles (UPA) presse le gouvernement de retirer les licences d’exploration pétrolière et gazière auxquelles leurs terres sont soumises tandis que l’opposition citoyenne se mobilise à mesure que l’information circule sur ces projets menaçants, destructeurs et, somme toute, insensés.