L’auteur de cette lettre s’interroge sur le choix de la minorité anglophone aux prochaines élections.

La minorité anglophone, le Parti libéral et nous

Dans un texte récent pour la Montreal Gazette, le vétéran chroniqueur Don Macpherson revenait sur la position de «sa» communauté à l’égard de la politique québécoise et des élections à venir. D’une part, Macpherson jugeait que la volonté de Jean-François Lisée de laisser tomber le référendum avait ouvert le jeu pour les Anglo-Québécois. D’autre part, il lui semblait que le déclin du Parti québécois, l’épouvantail perpétuellement agité pour rallier ces derniers au PLQ, et la montée de la CAQ représentaient une possibilité de diversification des voix politiques au sein de la communauté.

Pourtant, à moins d’un mois des élections, les sondages révélaient que l’appui au Parti libéral chez les non-francophones demeurait dans des proportions quasi soviétiques. Selon Macpherson, le problème résidait dans le fait que «même si le parti de Legault est contre la sécession, il est tout de même nationaliste et prône une politique des identités, fondée sur la culture». En d’autres termes, le souci affiché par François Legault concernant la culture québécoise francophone serait intolérable pour les non-francophones. Pour preuve de cette «politique diviseuse», Macpherson soulignait la présence, lors d’un événement organisé par la CAQ le 12 août dernier à Shawinigan, d’un homme «portant l’insigne à la patte de loup menaçante du groupe notoirement anti-immigrants la Meute»: «que cet homme fut là pour soutenir le CAQ ou par simple curiosité, sa présence à l’événement public très médiatisé d’un parti qui pratique la politique de l’identité n’était pas le genre d’optique voulue par la Coalition». La CAQ, parti de la Meute (un groupe erronément, mais volontairement, associé à l’extrême-droite)?

Comment donc blâmer la communauté anglophone qui se réfugie en masse au PLQ (oublions d’ailleurs que les intentions de vote pour le Parti québécois y frôle la marge d’erreur: «les vieilles habitudes ont la vie dure», note Macpherson)? Pour le chroniqueur, si un parti politique québécois voulait vraiment ravir le vote anglophone au PLQ, il devrait aller plus loin sur le même terrain: abandonner toute notion d’un lien privilégié entre l’État québécois et la société francophone et généraliser le bilinguisme dans les services gouvernementaux pour mieux desservir «les communautés anglophones vieillissantes de la province». Pour toute personne qui considère que le Québec a un rôle à jouer pour protéger la culture francophone en Amérique, cette perspective apparaît inacceptable. Cela dit, il n’appartient à personne de blâmer les anglophones dans leur désir de voir le Québec se transformer en Nouveau-Brunswick, et il semble parfaitement logique pour eux de voter pour le Parti libéral, qui donne des signaux évidents de sa volonté d’aller davantage dans cette direction.

Pourrait-on cependant admettre qu’il est tout aussi légitime pour la majorité francophone, constatant par ailleurs ce désir de la communauté anglo-québécoise, de vouloir une immigration qui s’intègre à sa communauté?

Un paradoxe demeure pourtant: pourquoi les Mauriciens ont élu des libéraux en 2014? Je vous fais part de mon opinion: entre autres pour «sauver le Canada», ce système politique qui, dans sa manifestation pratique, travaille à la dissolution de la société francophone du Québec... la marge de manœuvre est assurément très mince, pour les partis nationalistes!

Simon Couillard

Doctorant en études québécoises

CIEQ-UQTR