La mémoire est une faculté…

OPINIONS / Personne ne sait encore ce qui en retournera de cette pandémie du coronavirus 2020; quelles facultés physiologiques l’humain perdra-t-il à la suite de cette épreuve planétaire qui s’est attaquée à l’homo sapiens? Une faculté qui me semble restera aussi handicapée après qu’avant sera la mémoire: elle continuera d’oublier.

Nous sommes tous en train d’espérer que nos erreurs d’antan ne se répéteront plus avec cette épreuve du coronavirus, puisqu’il est dit que ce sont de nos folles ambitions économico-financières que l’actuelle pandémie est née et qu’elle s’est propagée: que de cette mondialisation commerciale s’est aussi orchestrée une prolifération des contaminations virales sans précédent. Il n’est pas faux de le croire, car la rapidité avec laquelle s’est transmis partout sur la planète ce virus destructeur des humains est une preuve que nos ambitions commerciales suivent la ligne tracée depuis que l’Homme veut aller plus loin que la lune. L’ambition fait encore périr son maître.

N’avons-nous pas oublié toutes les calamités historiques du seul vingtième siècle?

Croire que nous aurons appris quelque chose à la suite de cette pandémie et que nous ayons là une chance en or de changer nos façons de faire des deux cent cinquante dernières années me semble nous octroyer encore une fois une faculté divine de penser bien plus grandement que n’importe quelle religion nous en a donné de croire depuis des millénaires. Comme toujours, nous oublierons rapidement l’épreuve lorsque la science des humains (encore elle) nous découvrira le vaccin salvateur contre l’envahisseur destructeur, et qu’elle nous permettra de vivre et survivre aussi longtemps que nous le pourrons à cette mort annoncée et toujours inéluctable.

Peut-être certaines religions gagneront des adeptes, mais c’est surtout la science qui continuera de tragiquement gagner la cote des esprits qui oublient. Et notre train de vie poursuivra sa lente direction vers le gouffre existentiel annoncé depuis les inquiétudes du Club de Rome et le rapport Meadows des années 1970 (« Halte à la croissance »); une réalité dont les affres actuelles aussi planétaires que ce coronavirus continueront de se multiplier pour tranquillement nous faire mourir, tout en nous faisant péniblement survivre sur cette planète de plus en plus invivable.

Alors que toutes les pollutions du monde progressent, l’humain continue de croire que sa science peut tout sauver. Ce paradoxe vraiment inexplicable nous confronte depuis toujours à cette loi du plus fort, à cette loi de la jungle, à cette loi de la nature, à cette loi de l’évolution darwinienne de la sélection naturelle et à cette loi bouddhiste qu’il n’y a rien de permanent: vie, mort, naissance, décès, renaissance de nos cendres…

Relisons Camus dans La peste:

Le docteur:

L’ordre du monde est réglé par la mort, peut-être vaut-il mieux pour Dieu qu’on ne croit pas en lui et qu’on lutte de toutes ses forces contre la mort, sans lever les yeux vers ce ciel où il se tait.

Ami du docteur:

…mais vos victoires [docteur] seront toujours provisoires, voilà tout.

Le docteur:

Toujours, je le sais. Ce n’est pas une raison pour cesser de lutter.

… cette peste… une interminable défaite.

François Champoux

Trois-Rivières