La loi du plus fort est-elle toujours la meilleure?

La loi du plus fort est-elle toujours la meilleure?
Plusieurs chefs d’État sont outrés, offusqués, scandalisés que l’armée d’Israël ait tiré sur les Gazaouis qui manifestaient contre l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, faisant 60 morts et plus de 2000 blessés.

Même si en principe, les Palestiniens ont récupéré le territoire de la bande de Gaza en 2007, ils sont dans une cage. Israël s’est alors retiré certes, mais pour encore mieux les asservir. Ils ne peuvent plus sortir des grilles de cette prison imposée par Israël qui ne relâche pas d’un iota son étau depuis plus de dix ans. Le blocus est total avec des conséquences désastreuses: chômage chronique, manque de nourriture et de matériel médical qui rentrent au compte-goutte par un couloir humanitaire. La situation est donc pire encore qu’elle l’était sous le régime militaire israélien. Que peuvent-ils faire sinon se révolter? D’où les multiples «intifadas».

À quoi peut s’attendre Israël de cet enfermement? Nourrit-il l’espoir que ces Palestiniens, à force de privation, quittent le territoire? Qu’ils s’enfuient vers d’autres pays arabes: l’Égypte, la Jordanie, le Liban, le Koweit… et ainsi laisse le champ libre à Israël?

En tout cas, ce ne sont pas les agissements de quelqu’un qui cherche à vivre en paix avec ses voisins. D’ailleurs pourquoi la paix? L’idée de la paix, c’est pour la galerie. Avec la paix, les Israéliens perdraient des avantages monétaires énormes, entre autres les milliards que lui versent les États-Unis pour maintenir un soi-disant équilibre des forces dans la région. De plus, avec la paix, il devrait peut-être aussi céder les territoires conquis. Or, depuis ces conquêtes de 1967, Israël a agrandi son territoire en multipliant les colonies juives en Cisjordanie et dans le secteur oriental de Jérusalem. Aujourd’hui, les Israéliens estiment que ces colonies représentent des points stratégiques importants et un bouclier vital pour la sécurité de leur pays en cas d’attaque. Ils ne voudront donc pas s’en départir malgré toutes les pressions.

Et pourtant, la résolution 242 de l’ONU (novembre 1967) établissait les frontières de la Palestine et condamnait l’acquisition pernicieuse de la Cisjordanie par l’implantation de colonies en pratiquant la politique du fait accompli. Depuis plus de 50 ans, les Palestiniens cherchent en vain à retrouver leurs terres, leurs frontières selon le plan de partage fixé par l’ONU en 1967. Mais Israël ne l’entend pas de cette oreille. Avec la bénédiction des États-Unis et la complicité tacite des pays occidentaux, Israël a la mainmise sur les Territoires occupés. Son armée s’attaque donc à une population civile qui n’a aucun moyen de s’échapper.

Ainsi depuis la prise de contrôle de Gaza par le Hamas, les Palestiniens ont connu plusieurs épisodes de violence: Opération «Plomb durci» (2008), «Pilier de défense» (2012), Bordure Protectrice (2014).

Au moindre tir de roquette du Hamas, les bombardements pleuvent dans la bande de Gaza et pilonnent, entre autres, les tunnels destinés à contourner le blocus terrestre, maritime et aérien des Israéliens. L’usage des frappes est toujours disproportionné en visant des cibles comme l’électricité et les usines de traitement de l’eau, sans compter la destruction de centaines de maisons. Les offensives israéliennes ont fait des milliers de morts dont la moitié sont des femmes et des enfants et au moins des dizaines de milliers de blessés.

Le monde troublé reconnaît le constat implacable que le plus fort impose ses lois. Ce monde a-t-il été créé par César et la justice est-elle fille de la force? Pauvre Palestine! Il y a là une haine atroce et une violence innommable qui déferlent dans cette enclave embrasée parce que cette haine et cette violence ont couvé trop longtemps dans le cœur de ce peuple abusé et terrorisé.

C’est cette haine qui effraie. Une haine qui pousse des musulmans à combattre hors frontières. Des enfants à peine sortis de l’enfance rêvent la nuit que naguère leurs parents avaient de beaux domaines et gagnaient bien leur pain. Et le jour, ils rêvent de donner leur vie pour retrouver un peu de leur dignité. Car la haine qui surgit et surgira dans les cœurs des enfants et des adolescents survivants qui ont vu périr des êtres chers est le terreau du terrorisme d’aujourd’hui et de demain.

Voilà en quelques mots le drame politique et humain qui sévit au Moyen-Orient. Des règlements politiques faisant fi de l’histoire des peuples et des frontières séculaires ne peuvent persister sans l’intervention directe de certains états puissants, qui seraient les seuls capables d’empêcher la colonisation et le massacre de tout un peuple démuni.

Aujourd’hui, le monde civilisé a honte de tous ces atermoiements!

Roger Greiss

Shawinigan