L’auteur de cette lettre aurait préféré que le Québec continue à vivre selon la Charte des droits et libertés plutôt que la loi 21, telle que mise de l’avant par le ministre Simon Jolin-Barrette et François Legault.

La loi 21: une autre atteinte à notre humanisme

OPINIONS / Dans la biographie qu’elle fait de Stefan Zweig (juif), Dominique Bona s’exprime ainsi en page 73: «Les dix premières années du [vingtième] siècle, le monde est joyeux autour de Stefan Zweig. La paix règne depuis quarante ans et semble une institution: on la croit éternelle. [...] La vieille Europe semble sourire à l’homme. Un climat d’optimisme règne sur le nouveau siècle…

«Jamais je n’ai cru davantage en l’avenir que dans ce temps où nous pensions apercevoir les rougeurs d’une nouvelle aurore, écrit Zweig… C’était déjà en réalité la lueur de l’incendie qui allait embraser le monde.»

Il n’est pas facile d’établir des États de droit où les êtres humains sont égaux et peuvent dire qu’ils vivent dans un pays de liberté. Évidemment, cette égalité et cette liberté sont encadrées par des lois qui équilibrent et justifient ces sentiments d’être et leurs pratiques. Mais qui peut se placer au-dessus d’une loi-cadre telle la Charte des droits et libertés? Il faut tous «surfer» sur cette loi de vertus, et ne pas chuter dans l’erreur de penser que certains seraient plus égaux ou plus libres que d’autres.

Et pourtant, encore en ce début du 21e siècle, nos sociétés trichent souvent envers cette charte. Alors plus rien ne va, plus rien ne tient. Une charte! Bof! À quoi ça sert?

On crie au loup pour des peccadilles, pour un foulard, un crucifix, une kippa et le gouvernement s’agenouille pour assurer sa réélection.

Certains disent qu’à Rome on vit comme les Romains, mais on oublie que les Romains préparaient la paix en faisant la guerre: «‘‘Si vis pacem, para bellum!’’: ‘‘Si tu veux la paix, prépare la guerre!» Ah! Ces malheureux Latins, malgré leur beau slogan, ils ont fait la guerre tous les ans pendant deux cent cinquante ans! Aussi, on pourrait se poser la question de savoir si, dans cette direction-là, ça vaut encore la peine de continuer? («Théodore Monod: enfants de la Terre» (2000), Stanké, l’intégrale des entretiens d’Edmond Blattchen en 1992, p. 36.)

A-t-on évolué depuis ces Romains et ce vingtième siècle barbare? Il faut en douter.

L’humanisme se définit comme suit: philosophie qui place l’Homme et les valeurs humaines au-dessus de toutes les autres valeurs (Wikipédia). L’humanisme vise ainsi l’épanouissement de l’être humain par la science et la raison; l’évolution des civilisations et le fondement de l’égalité et de la liberté passent par la somme des connaissances acquises.

L’esprit humain doit nous sortir de notre abêtissement naturel et sa décadence.

«On ne peut être égal qu’en quelque chose», disait Saint-Exupéry dans Pilote de guerre. Autrefois, tous les humains étaient égaux en Dieu. Aujourd’hui, c’est en droit que nous sommes égaux.

Avec la Loi 21, si vous êtes immigrants au Québec, votre égalité de droit ne tiendra qu’à certaines conditions de soumission à une majorité qui se dit «supérieure»! C’est là une erreur fondamentale. C’est faire la paix en préparant la guerre.

Les fondements de notre humanisme ne peuvent flirter avec ces idées où l’intolérance est maître d’œuvre d’un autoritarisme dégradant.

Qui peut sciemment réduire son prochain dans sa foi, dans sa liberté de conscience? Si un gouvernement le permet dans un pays où la liberté d’expression et l’égalité de droit sont reconnues d’office, dans quelle nation vivons-nous?

Le respect des êtres humains les uns pour les autres commence au plus bas de nos croyances. Sans ce respect, l’évolution stagne et nous reculons.

Rappelons-nous que ni Rome ni Paris ne se sont bâtis en un seul jour: laissons l’évolution faire son chemin. Ne la forçons pas. Souvenons-nous de notre Révolution tranquille: il semble qu’elle n’est pas terminée!

On ne gagnera rien à humilier quiconque.

La liberté de conscience est un droit individuel; la laïcité de l’État et sa neutralité sont une reconnaissance collective. Le mariage des deux principes ne peut exiger d’interdits ni à l’un ni à l’autre. Ainsi va la séparation de l’État et des religions, sinon ce sera le capharnaüm d’une préparation à la guerre.

La charité n’est plus chrétienne, mais elle est toujours et pour tous. Sans cet amour du prochain, à quoi sert-il de saluer notre voisin? L’amour du prochain est une décision de raisons, pas d’émotions.

On a une Charte au Québec ; respectons-la et anoblissons-la.

François Champoux

Trois-Rivières