L’auteur de cette lettre considère que les romans, contes, nouvelles et légendes sont un creuset pour enrichir l’Imagination des enfants.

La lecture influence la personnalité du jeune

Dans une société hautement technologique, il serait primordial de se rappeler que l’être humain, pour rester humain, doit aussi nourrir son affectivité et son imaginaire. D’ailleurs ceux qui réussissent le mieux dans la recherche, n’est-ce pas ceux qui allient à une solide formation scientifique une imagination créatrice? Et les romans, contes, nouvelles, légendes… ne sont-ils pas un creuset pour enrichir l’imagination?

Il est donc nécessaire que les parents et les professeurs de tous les niveaux soient conscients des mérites de la littérature et s’en fassent une alliée pour l’épanouissement de la personnalité des jeunes.

Or, une action en ce sens fait naître le problème de savoir quelles œuvres soumettre à leur curiosité afin d’éveiller un plaisir réel, seul garant que l’habitude de la lecture pourra s’implanter et se développer.

La difficulté réside dans l’embarras du choix. Toutefois, la mesure est ici pragmatique: l’œuvre doit plaire.

«Je rêve d’une école, s’écrie Guy Brouillette, où les enseignants auraient juré de faire connaître les œuvres qui comptent et d’introduire peu à peu leurs élèves dans la grande société des vivants. Ceux d’aujourd’hui mais aussi ceux d’hier». Et il ajoute à ce propos ces maximes d’Auguste Comte: «Les morts gouvernent les vivants et l’humanité se compose de plus de morts que de vivants»! À méditer aussi quand il s’agit d’arrêter notre choix sur des œuvres, le conseil que donnait Voltaire, le 20 juin 1756, à une correspondante qui le consultait à ce sujet: «Je vous invite à ne lire que des ouvrages depuis longtemps en possession des suffrages du public et dont la réputation ne connaît point d’équivoque. Il y en a peu mais on profite bien davantage en les lisant qu’avec tous les mauvais petits livres dont nous sommes inondés».

Une société a besoin d’inculquer aux générations montantes son patrimoine. Les grandes œuvres, celles qui résistent à l’usure du temps sont profondément et largement humaines. Elles sont belles. C’est par la beauté qu’on accède au vrai. Les grandes œuvres contribuent à révéler le moi profond de chaque individu. Ainsi, les enfants se reconnaissent dans les contes, ressentent l’éventail des émotions humaines, prennent conscience de leurs propres tendances et saisissent ce qu’ils sont capables de réaliser. Il en est de même pour les adolescents. Si la lecture des récits augmente leur culture et leur connaissance du monde en découvrant des sociétés différentes de la leur, elle confronte leur expérience limitée à celles des héros et des personnages et elle les prépare à vivre par l’imagination les obstacles, les déboires, les injustices… Pour plusieurs cette découverte du Beau, du Vrai marque leur esprit et a une influence directe sur le développement de leur personnalité en leur permettant de se créer un système de valeurs, ou en remettant en question, s’il se doit, celui qu’on leur a imposé en l’évaluant à la lumière des valeurs proposées par les auteurs.

C’est pourquoi il faut leur inculquer l’amour et l’admiration devant les belles pages… même à l’heure du numérique. Devant une charrue tirée par un bœuf ou devant un écran aux nombreux pixels, les passions et les aspirations de l’être humain sont fondamentalement les mêmes. Car toute cette «quincaillerie» n’est en somme qu’un contenant dans lequel il faut insérer un contenu valable. Cela ne pourra se faire que par des hommes et des femmes ayant intégré le plus de valeurs humaines possible, non par des êtres de plus en plus robotisés. Sinon, l’Homme du 21e siècle aura raté sa révolution technologique.

En somme, devenir l’ami des grands auteurs du passé et du présent, c’est avoir foi en l’avenir du genre humain. De plus, quand la littérature se mêle intimement à nos pensées, elle est source de force intérieure et une arme pour faire face aux vicissitudes de la vie. Car, qu’on l’admette ou non, «chacun vit inconsciemment l’histoire de sa vie influencée par l’histoire des autres».

Roger Greiss

Shawinigan