La laïcité unit, les religions divisent

L’auteure, Andréa Richard, est écrivaine et membre de l’UNEQ. Elle s’adresse ici à la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

Madame Plante,

Encourager les signes religieux ostentatoires portés par ceux qui sont en autorité ou qui représentent notre société québécoise relève, à mon avis, soit de l’ignorance de l’histoire des religions et des méfaits pouvant accompagner ce port des signes religieux ostentatoires ou d’une naïveté inconsciente. Certains font valoir que porter le voile relève de la liberté de conscience; ce qui est faux. Lorsqu’une personne se sent obligée, de par une raison religieuse, de porter un vêtement, c’est que la conscience est alors «timorée» à la suite d’un endoctrinement qui en fait un principe de base. Pouvons-nous alors dire que nous défendons la liberté de conscience en accommodant une femme qui veut le porter?

L’autorité gouvernementale ou vous, madame Plante, ne défendez pas sa liberté de conscience puisque sa conscience n’est pas libre, mais vous protégez et défendez son scrupule ou son fondamentalisme. Ainsi, non seulement vous ne l’aidez pas à évoluer et à se libérer, vous valorisez cet archaïsme comme le fait Justin Trudeau qui ose dire que c’est un plus pour la société! Ce n’est pas un plus, c’est un recul sur le progrès.

Un certain ex-frère musulman Farid Abdelkrim, à l’émission 24H Pujadas sur le plateau de LCI en France le 27 mars dernier, nous a dit que «pour être libéré de la religion, il faut avoir entendu un discours autre que ceux des mosquées et des imams, et avoir lu des perceptions et idées différentes, qui font évoluer et donne la liberté, ce dont je suis heureux aujourd’hui». Il en a été de même pour moi, ancienne religieuse; c’est lorsque j’ai questionné et que j’ai lu les historiens que je me suis libérée des contraintes religieuses et des mensonges de l’endoctrinement.

Aujourd’hui, je suis avant tout citoyenne de ma ville de Trois-Rivières, dont je suis fière et engagée pour que dans les écoles le volet religion soit supprimé à l’avantage d’un cours pour apprendre à devenir un bon citoyen ou une bonne citoyenne!

Une musulmane, madame Myriam Blal, vient de publier le livre Le baiser du ramadan où elle y écrit: «Lorsque je laisse de côté mon héritage religieux et culturel, alors je peux réfléchir librement.» (p.52) et «Au-delà de l’héritage culturel et religieux, les valeurs importent.» (p.139). Il ne faut pas confondre religion dogmatique et doctrinale avec la spiritualité qui est tout autre!

Si nous voulons réellement aider nos consœurs musulmanes voilées, ce n’est pas en les accommodant. En leur accordant des privilèges de ce genre, nous les traitons alors en enfants incapables de voir et comprendre nos points de vues et les valeurs de la société québécoise. La peur de les blesser, comme si elles étaient des enfants, n’aide pas leur cheminement et la libération, bien au contraire!

Une femme musulmane, madame Eve Torres, qui se présente pour être députée et un homme de la religion sikh portent l’étendard ostentatoire de leurs religions. Cela ne représente pas les gens de leurs circonscriptions. Par cette ostentation, ils envoient le message qu’ils préfèrent faire passer la religion avant l’État. C’est une sournoise propagande religieuse.

La laïcité unit, alors que les religions divisent. La laïcité c’est une valeur sociale et indispensable pour protéger à la fois les croyants et les non-croyants, et la laïcité assure l’égalité des uns et des autres.

Ma grande déception de fin de vie, c’est qu’après avoir vu un progrès de société à partir des années 1960 à 2000, voilà que maintenant, il y a un recul désolant par, je dirais, une complaisance et un encouragement aveugles qui favorisent des religiosités archaïques. Désolant!

Madame Plante, ce qui fait la valeur d’une personne ce n’est pas une tenue vestimentaire de religiosité fanatique affichée comme un drapeau qui indique sa fierté de sa religion comme étant la meilleure! Je préfère la dignité de la personne vêtue de la neutralité et qui affiche le drapeau de citoyen ou citoyenne d’un pays ou d’une province dont elle s’engage à être un élément de paix, d’aide et de générosité pour le bien-être et le progrès de la société.

Andréa Richard

Trois-Rivières