La laïcité n’est pas un bloc de granit aux contours précis...

OPINIONS / À suivre les intéressants débats sur les signes religieux à tolérer ou à proscrire à l’école, on oublie qu’il ne s’agit pas de la nature de la laïcité elle-même, mais seulement de ses applications dans un domaine particulier.

La laïcité est encore à l’état de projet. Qui peut en donner une définition? La laïcité est plurielle. En 2005, plus de 250 intellectuels de 30 pays ont signé une Déclaration universelle sur la laïcité au XXIe siècle. Ce phénomène n’est l’apanage d’aucune culture, d’aucune nation, d’aucun continent. Autre est-elle en Allemagne, en France, au Rhode Island ou au Québec? Et lorsqu’un État devient laïque, rien n’est définitif ni réglé une fois pour toutes. Si la fameuse loi de la Séparation, signée en France le 9 décembre 1905, n’a pas été révisée, elle n’en a pas moins subi des centaines de modifications plus ou moins majeures jusqu’en 2019. Ainsi n’est-il pas sûr que la loi sur la laïcité, qui sera signée probablement en juin 2019, marquera le point final à toute discussion. La laïcité n’est pas un bloc de granit aux contours précis. Plutôt un état complexe soumis aux aléas de la politique des uns et des autres.

Sans définir la laïcité, on peut en esquisser une définition approximative. Elle tente d’établir dans la société des rapports harmonieux entre l’Église et l’État, le politique et le religieux, dans le respect de leur juridiction respective. La séparation des pouvoirs n’entraîne pas la rupture. Et l’État doit s’intéresser à tous, croyants et incroyants, chrétiens, musulmans ou autres sans privilégier ni brimer personne.

Une dernière remarque: comment expliquer la grande préoccupation des intervenants sur le port des signes religieux à l’école? Pourtant soyons réalistes. Qui pourrait identifier un enseignant ou une enseignante de nos universités, de nos écoles publiques ou privées, de nos maternelles arborant en classe un signe religieux? Cela depuis vingt ans.

Donc, soyons honnêtes, ces mesures visent quelques dames musulmanes. Ces mesures tirent dans le vide car le personnel enseignant d’ici est indigène à 99 %!

Jean Panneton, prêtre

Trois-Rivières