La laïcité et le mieux vivre ensemble

OPINIONS / L’auteure, Noëlla Champagne, a été députée de Champlain à l’Assemblée nationale de 2003 à 2007 et de 2008 à 2014.

Le mois dernier, le gouvernement de la CAQ a déposé son projet de loi sur la laïcité. Aussitôt déposé, aussitôt contesté! Sommes-nous surpris? Absolument pas! Il fallait s’y attendre! Depuis plus de dix ans, le Québec est confronté à ce débat qui se doit d’être abordé avec respect et dignité.

J’ai eu la chance, comme députée à l’Assemblée nationale, de participer au débat sur la Charte des valeurs. Malgré ses limites, ce débat a mis la table aux discussions que nous nous apprêtons à avoir.

Pourquoi avoir si peur de mettre des balises sur la laïcité? Parce que nous craignons les abus! C’est pourtant simple.

Quelqu’un a déjà dit: «La laïcité n’exclut pas les personnes croyantes, elle exclut les signes religieux». Alors pourquoi craindre cette exclusion? Le Québec a évolué de façon pacifique sur ce sujet depuis des décennies! Cette évolution s’est faite dans l’harmonie la plus complète. L’arrivée massive de personnes d’autres cultures nous a amenés à cette réflexion sur le port des signes religieux car, disons-le une fois pour toutes, le Québec a l’impression de retomber quarante ans en arrière!

Certains signes sont plus visibles que d’autres. Est-ce que les Québécois craignent le port d’une petite croix ou autre bijou à connotation religieuse? Absolument pas! Il ne faut tout de même pas tomber dans l’absurde!

S’il est par ailleurs un article que je voudrais voir ajouter à ce projet de loi c’est celui de l’obligation du visage découvert dans la sphère publique. Je n’ai pas le goût de me retrouver un jour face à une telle situation. Je veux savoir en tout temps qui j’ai devant moi! C’est une question de sécurité!

L’histoire nous apprend aussi que certains signes, quoi qu’en disent les opposants les plus agressifs contre le projet de loi sur la laïcité, sont des signes de soumission et de contrôle. Les Québécois ont manifesté depuis longtemps leur malaise face à ces signes religieux ostentatoires. Malheureusement, ces voiles intégraux ou semi-intégraux sont des signes de soumission et de contrôle.

Je n’accepterai jamais de me faire traiter de raciste ou de xénophobe par des personnes qui n’ont rien compris ou ne veulent rien comprendre à nos valeurs et à l’émancipation que le Québec défend pour ses enfants! Le multiculturalisme à la Trudeau, je n’en veux pas pour le Québec!

Comme le disait si bien Mathieu Bock-Côté lors du lancement de son livre à Trois-Rivières: «L’ouverture à l’autre n’est pas un repliement sur soi». On peut être accueillant sans évincer ses propres valeurs.

Et pour ceux et celles qui prétendent que la situation n’est pas grave présentement et que cette loi n’est pas justifiée, je leur réponds qu’il ne faut pas attendre d’être pris dans une spirale pour réagir! Il faut se rappeler que la prévention a toujours sa place!

Je souhaite à nos parlementaires une écoute attentive et une saine discussion. Il est temps après plus de dix ans de crever cet abcès qui ne fait qu’aggraver le mieux vivre ensemble.