Selon l’auteur, les jeunes ne sont pas une simple part de marché pour les partis politiques.

La jeunesse comme projet de société

OPINIONS / L’auteur, Alexandre Soulières, est directeur général du Réseau des carrefours jeunesse-emploi du Québec.

La campagne officielle pour les prochaines élections fédérales sera lancée dans quelques semaines. Historiquement en déclin, la participation des jeunes a rebondi en 2015. Animée massivement par les enjeux de lutte contre les changements climatiques et de démocratie participative la jeunesse canadienne s’était plus mobilisée. Ces enjeux ayant pris encore davantage d’importance, la classe politique n’y ayant pas encore répondu adéquatement et le cynisme envers les personnalités politiques augmentant, il est malheureusement probable que le taux de participation des jeunes soit de nouveau en berne. Néanmoins, les nouvelles générations estiment qu’elles n’ont pas nécessairement besoin de voter ou pas juste de voter pour avoir de l’impact et mener une citoyenneté active.

Les enjeux concernant la jeunesse ne doivent donc pas être réduits à la question du vote, les jeunes ne sont pas une simple part de marché pour les partis politiques.

Plus que la participation aux élections, c’est davantage le questionnement autour de la construction d’une jeunesse citoyenne, autonome et qualifiée qui est primordiale. Les jeunes doivent être reconnus et respectés comme des citoyens à part entière. Leur autonomie doit être assurée. Leurs droits étendus, défendus et renforcés !

Brisons d’abord les préjugés tenaces. On définit souvent la jeune génération comme consumériste et égoïste. De nombreux exemples autour de nous démontrent le contraire.

Pensons à l’émergence de figures jeunes, mondialement connues, s’impliquant activement pour le bien commun et l’utilité collective. Pensons notamment à Greta Thunberg, jeune activiste écologiste, Malala Yousafzai ; prix Nobel de la Paix et militante pour l’accès à l’éducation, Emma González, survivante de la tuerie de Parkland et qui lutte maintenant pour le contrôle des armes à feu aux États-Unis ainsi qu’à tous les autres qui, au quotidien, agissent dans nos communautés afin de comprendre et transformer nos territoires pour plus de dignité, de justice et d’équité.

Il faut alors se donner les moyens d’accompagner cette citoyenneté active et plurielle. Permettre l’émancipation de notre jeunesse, c’est donner la possibilité à tous de faire des choix éclairés. La citoyenneté démocratique impliquant une réflexion sur l’égalité et la justice, elle fait appel également à des compétences délibératives, critiques et collectives. Il est impératif que ce temps de formation ne soit plus le privilège de quelques-uns, mais une étape essentielle dans le parcours de chaque citoyen. Ainsi, chacun doit avoir les moyens d’affirmer « Ma voix compte ».

Il est donc aujourd’hui primordial de se donner collectivement les moyens de bâtir un nouveau pacte social, un nouveau projet de société, entre nos jeunesses, la société civile, les institutions publiques, nos représentants politiques et les organismes communautaires. Nous nous devons de réinventer nos modèles pour nous assurer de la continuité et de la complémentarité des services et ainsi permettre à chaque jeune de se construire et de façonner la société de demain. C’est ainsi que les jeunes s’intéressent à la chose publique.

Nous sommes persuadés que les équipes des carrefours jeunesse-emploi peuvent participer activement au déploiement de cette vision audacieuse et indispensable, car, collectivement, nous n’avons pas le droit de laisser un seul jeune sur le bord du chemin !

En campagne électorale, on emploie souvent l’expression «promesse». Or, les seules promesses crédibles sont celles que l’on tient. Il faudra du temps, de la volonté et surtout, des moyens. Mais nous devons être conscients qu’il s’agit d’un combat essentiel pour l’avenir même de notre société et de notre démocratie. Il s’agit du projet de société dont la jeunesse a besoin.