L’auteur de cette lettre espère que la réunion des grands de ce monde qui se pencheront sur l’énergie nucléaire à Ottawa cette semaine, amènera des solutions réelles pour le déclassement des déchets nucléaires au Québec, dont ceux de Gentilly-2.

La grande messe de la «nucléocratie» à Ottawa

Les 6, 7 et 8 novembre, au Marriott d’Ottawa, le gratin de la «nucléocratie» mondiale va co-célébrer une «grande messe» à l’invitation du gouvernement fédéral canadien et de ses complices de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) et des Laboratoires nucléaires canadiens (LNC). Au programme: quatre séances plénières, seize séances techniques, 92 présentations, dix pays: Canada, États-Unis, Royaume-Uni, Chine, Argentine, Belgique, Danemark, Finlande, Roumanie, Suède.

Près de 300 participants invités vont se congratuler sur la nouvelle mode que sont devenus les «Petits réacteurs modulaires» (PRM), un rêve dangereux pour tenter de sauver cette filière énergétique écocidaire moribonde. Bien sûr, la grave problématique de la gestion des déchets nucléaires sera à peine abordée!

Les célébrants–experts-scientifiques vont faire divaguer les participants et surtout les politiciens canadiens qui ont la tête dans le sable quand il s’agit de la gestion des déchets nucléaires. En effet, il n’y a pas de politique fédérale pour s’occuper des déchets nucléaires post fission.

Cela fait deux ans et demi que le pot aux roses a été découvert quand les LNC ont dévoilé l’évaluation environnementale préliminaire sur leur projet de construire un énorme tumulus au bord de la rivière Outaouais pour y empiler des millions de tonnes de déchets nucléaires canadiens accumulés depuis 70 ans. De plus, ils projettent de bétonner sur place trois réacteurs prototypes (Rolphton, Douglas Point et Gentilly-1). Tout cela en contradiction avec les règles internationales en la matière.

Près de 250 mémoires ont été déposés à la CCSN dont une bonne majorité en défaveur de leur projet. On a relevé cinq défectuosités majeures dans le projet des LNC du mégadépotoir de déchets nucléaires de Chalk River: technologie déficiente, mauvais emplacement, mauvais objectif, mauvaise façon de procéder, mauvais demandeur. Chacune est suffisante pour justifier le rejet du soi-disant projet «d’installation d’entreposage près de la surface».

Au Québec, on est à la remorque du fédéral: les déchets radioactifs de toute catégorie de Gentilly-1 – propriété du fédéral – stagnent depuis 1977 dans la cour d’Hydro-Québec à Bécancour. Il faut l’approbation de la CCSN pour poursuivre le déclassement… avec des centaines de millions provisionnés par Énergie atomique Canada Limitée (EACL).

Quant à Gentilly-2, Hydro-Québec – en 2013 – avait mandaté la firme américaine TLG Services du Connecticut afin qu’elle élabore un plan de déclassement rapide. Son rapport, attendu pour le début 2014, devait faire passer la phase de dormance de 40 à 15 ans. Mais Hydro-Québec, dans son plan de déclassement, a décidé sans justification publique – en catimini – de reporter le démantèlement complet et la restauration finale du site en 2066… en refilant le travail à nos générations futures.

Au cours de la «grande messe» d’Ottawa, il faut s’attendre à ce que le ministre des Ressources naturelles, l’honorable Amarjeet Sohi, annonce la poursuite du redéveloppement nucléaire canadien en gaspillant des fonds publics pour le déploiement de ces nouveaux réacteurs – jusqu’ici non construits, non testés et sans licence – dans tout le Canada. Aucune consultation des citoyens n’est prévue à l’horizon. Le gouvernement fédéral est sous l’influence néfaste de la toute puissante nucléocratie.

Au lieu de fermer les yeux sur sa gestion des déchets nucléaires, le gouvernement ferait mieux de légiférer en détail le cadre stratégique pour les déchets radioactifs post-fission.

Il ne faut pas se laisser illusionner par la récente campagne «NICE» – Innovation nucléaire: énergie propre – qui vise essentiellement à promouvoir l’expansion de l’énergie nucléaire dans le monde entier en semant à tout vent ces technologies qui comprennent immanquablement la production d’autres quantités énormes de déchets radioactifs.

Le Canada est très loin en arrière dans le peloton de queue des promoteurs des RPM et ne devrait pas gaspiller des fonds publics pour tenter de rattraper les leaders. Pour ne pas léguer ce problème aux générations futures, le Canada a le devoir moral de s’occuper de la gestion écoresponsable des déchets nucléaires canadiens hérités. Maintenant.

Philippe Giroul

Trois-Rivières