Apprécier ce qu’on a, des petits bonheurs, des petites actions, les gens qui nous entourent, voilà ce que nous souhaite l’auteure de cette lettre, particulièrement pendant cette période de pandémie.
Apprécier ce qu’on a, des petits bonheurs, des petites actions, les gens qui nous entourent, voilà ce que nous souhaite l’auteure de cette lettre, particulièrement pendant cette période de pandémie.

La fameuse ligne jaune

OPINIONS / Hey Toi! As-tu remarqué que Facebook déborde ces temps-ci? Permets-moi de te partager quelque chose de différent.

Hier, j’ai vécu un nouveau bonheur, une expérience de joggeuse complètement inattendue. Courir, c’est ma drogue, mon exutoire depuis plus de dix ans. L’an dernier, j’ai découvert l’euphorie de courir lors d’événements organisés. J’attendais impatiemment la saison 2020, qui n’aura bien sûr pas lieu. OK. Je peux gérer ça.

Dimanche, 15 h, les routes sont tranquilles, confinement oblige. Je m’éloigne des trottoirs (distanciation sociale) et MA chanson démarre. Je ne cours plus, je vole! Puis, j’entends son appel: la ligne jaune d’une route déserte me signifiait son ennui. «Tiens, pourquoi pas?» Quel bonheur! Courir au beau milieu d’un boulevard en souriant et en chantonnant, à bout de souffle, les bras en avion, le vent dans le dos, ou dans les voiles, c’est selon. Événement banal, mais si précieux. Des frissons partout! Des gens me regardant d’un air surpris. Tant mieux s’ils me trouvent étrange, je suis effectivement spéciale! J’ai mis des années à le comprendre, j’y travaille quotidiennement. Alors j’ai envie de te partager ma recette du bonheur.

Fort simple: compter ses bénédictions, se concentrer sur ce que l’on a plutôt que sur ce qui est impossible présentement. Sage, hein?! C’est pourtant ardu d’y parvenir, j’avance et je recule constamment.

Je suis passée de fille qui contemple un verre à moitié vide à fille qui savoure un verre à moitié plein. «Just watch me» a remplacé «Euh… Je ne sais pas trop».

Comment cultiver son bonheur? Avec des lignes jaunes par-ci, par-là. En choisissant comment voir ce qui nous entoure. J’ai commencé à cultiver mon bonheur à 33 ans au cours d’une lourde épreuve qui me changerait à jamais. Ce fut une période d’une noirceur accablante. Pour trouver de la lumière, j’ai pris l’habitude d’énumérer ce que je possédais et qui m’était précieux: la santé, mes deux parents en forme, un toit au-dessus de ma tête, un emploi que j’aime, des amis extraordinaires, une voiture, la liberté, mais surtout, la possibilité de me relever: je suis beaucoup plus forte que je ne le croyais. J’ai commencé à devenir moi, et je continue mon chemin.

Comme Toi, je vois de nombreuses publications déconcertantes: pas de saison sportive, des concerts annulés, des entreprises en péril, des familles en détresse, des gens malades ou mourant seuls. Mon cœur saigne.

Mais je vois également la solidarité, les mains tendues, le cœur des gens qui se donnent pour faire une différence. Et c’est là-dessus que je me concentre, sinon adieu joli bonheur.

Je t’invite, Toi, à en faire autant: regarde les richesses qui t’entourent. As-tu un toit? Des gens qui t’aiment? De la nourriture? Des enfants en santé? Des parents auprès de toi? Es-tu libre? As-tu dans ton cœur des souvenirs qui te font vibrer tellement ils sont doux? Peux-tu marcher? As-tu des projets? Sais-tu lire? Connais-tu l’amour (ou du moins, l’as-tu connu)? C’est un privilège.

Trouve tes lignes jaunes, Toi, et concentre-toi dessus. Ce ne sera pas simple, tu sentiras parfois que tu n’y es pas du tout. OK. Accepte ce qui est, dis-toi: «Pour l’instant, c’est comme ça».

Rien n’est permanent, notre équilibre reviendra. Notre vie changera, pour le mieux espérons-le, et nous saurons que rien n’est acquis. Nous prendrons le temps de vivre et serons satisfaits de ce que nous avons. Il n’est jamais trop tôt ni trop tard pour cet apprentissage: apprécier ce que nous avons, être reconnaissants.

Le bonheur, on le fait soi-même. Et, triste réalité, ce sont les épreuves qui nous amènent à le trouver.

Ma vie est bien imparfaite, mais elle est à moi et je peux la façonner comme il me plaît. Je décide, je détiens le pouvoir.

Je t’entends me dire: «Des lignes jaunes… C’est difficile d’accès…» Pas du tout. Ton café préféré. La voix de tes proches. Des projets menés à terme. Des sorties imprévues. Un sourire complice. Un verre de vin. Un record personnel. La découverte d’une passion. Un appel tant attendu. Des voisins sympathiques. Un animal de compagnie. L’odeur de la nature en automne. Un bain chaud. Le rire d’un enfant. Flâner au lit. Rire aux éclats. De l’argent dans une poche de manteau. Des collègues fabuleux. Dire et entendre «je t’aime».

Ouvre tes yeux, Toi, tu as tout ce qu’il faut. C’est OK de mettre un ou deux genou(x) à terre; quand tu te relèveras, personne ne pourra t’enlever la fierté d’avoir surmonté les obstacles qui se dressaient sur ton chemin. Et, crois-moi, tu deviendras invincible.

Je retourne jardiner.

Prends soin de ton bonheur, Toi.

Myriam Duval

Trois-Rivières