La faillite morale du PLQ

L’automne politique aura été chaud: un nouveau gouvernement, un nouveau régime, et cette impressionnante mobilisation des Québécois pour la cause franco-ontarienne. Dans ce dernier cas, on pourrait même parler d’un sursaut identitaire, voire d’un ressaisissement de la conscience nationale à plusieurs égards, comme si l’injustice subie par les Franco-Ontariens nous rappelait à nos «raisons communes».

Amanda Simard, députée du parlement ontarien, ex-membre du Parti conservateur et du gouvernement Ford, et donc héroïne improbable de cette histoire, résumait cette prise de conscience avec des paroles sobres et néanmoins criantes de vérité: «Les générations qui nous ont précédé ont travaillé tellement fort pour nos acquis et nous sommes constamment forcés à les protéger. Il y a des francophones en Ontario depuis plus de 400 ans, nous ne sommes pas qu’une minorité linguistique parmi tant d’autres, mais bien locuteurs de la langue d’un des deux peuples fondateurs du Canada.»

Or, bien entendu, le premier ministre Doug Ford ne l’entend pas de cette manière: «Il y a 600 000 francophones en Ontario, mais il y a aussi 600 000 Chinois et 600 000 Italiens. On ne peut pas plaire à tout le monde.» Notons que ces propos n’ont pas choqué beaucoup de Canadians, comme ils traduisent un certain universalisme (lui aussi canadian, il va sans dire) pour lequel toutes les cultures sont égales en ce «beau grand pays».

Puis, n’est-ce pas l’ancien premier ministre québécois lui-même qui déclarait le 29 janvier dernier qu’«on est tous venus d’ailleurs rejoindre les Premières Nations, il n’y a que la date qui change» et que «cette date ne détermine pas notre niveau de citoyenneté»? Pourquoi, dès lors, se soucier des «vieilles chicanes», des vieilles luttes (apparemment coupables) menées par les francophones dans le passé? Nous sommes tous des immigrants. Ce qui importe, c’est le présent et l’avenir…

Eh bien non! Il y a ici une civilisation originale, ce qu’on appelait le Canada français, qui existe toujours et qui dure depuis deux fois plus longtemps que le Canada anglais. Cela n’empêche pas qu’en Ontario, à court terme du moins, les chiens aboient et la caravane passe. Mais en élisant les caquistes, les Québécois ont, en même temps et pour eux-mêmes, congédié la vision absurde et contrefactuelle (mais si généreuse!) de M. Couillard et des libéraux, qui ne représentent plus guère que leur base électorale anglophone et montréalaise. Si c’est tant pis pour les donneurs de (mauvaises) leçons, il y a donc tout de même, dans les récents développements politiques, matière à se réjouir un peu pour les autres.

Simon Couillard

Docteur en études québécoises