La fabrication du consentement

OPINIONS / Je ne parle pas du livre de Noam Chomsky, mais de la saga qui entoure l’utilisation de l’insecticide Bti à Shawinigan.

Commençons en 2012, avec un maire qui se fait convaincre par un vendeur de potion magique que sa ville a besoin de tuer les maringouins. Notre bon maire se dit qu’il n’a pas besoin de consulter la population, il sait ce qui est bon pour elle. Alors il lance un projet pilote dans un des secteurs de la ville. L’année suivante, toujours sans consulter la population ni l’informer sur les conséquences de cette pratique, il étend la démoustication à tout le territoire, pour une somme qui avoisine le million de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui (sauf pour une pause de l’épandage en 2015).

Dès le début, et au fil des années, des citoyens questionnent les élus sur la pertinence de cette démoustication de masse, s’inquiétant des impacts de cette pratique sur la nature, et sur leur portefeuille.

Notre bon maire les rassure. Il sait ce qui est bon pour le peuple (même si celui-ci n’a jamais réclamé ce service). Pour la plupart, les gens ne savent même pas ce que c’est le Bti, ils s’intéressent peu au monde municipal, alors le champ est libre.

Sauf que depuis 2019, l’opposition à cette pratique grandit. En février 2020, une conférence est même offerte gratuitement aux Shawiniganais, de l’initiative de citoyens de la Mauricie, afin que la population ait enfin accès à une information scientifique neutre, à des faits, concernant le Bti. Peu de temps après, une émission complète est consacrée à ce sujet à La semaine verte à Radio-Canada, où on conclut que la prudence est de mise. Sans compter certains ministères provinciaux qui commencent à mettre en garde contre cette pratique.

On comprendra que tout cela irrite le maire. Ce n’est pas nécessaire d’être informé, de savoir les faits, surtout quand ceux-ci ne nous confortent pas dans notre opinion. De toute façon, l’industrie fait elle-même des études sur ce produit et a conclu qu’il n’y a pas d’impact. Un peu comme les compagnies de tabac qui disaient que la cigarette était sans danger. L’histoire se répète.

Alors notre bon maire a eu la bonne idée (euh, non, en fait il a piqué cette idée à l’administration de Trois-Rivières) de faire un sondage sur la perception des citoyens envers son beau programme d’épandage d’insecticide. Ce n’est pas étrange et franchement malhonnête, de commander un sondage biaisé (dont les questions sont posées de façon à obtenir seulement une interprétation favorable) pour faire croire aux gens qu’il y a acceptabilité sociale, alors que ce n’est pas du tout le cas?

Les mots me manquent pour qualifier toutes ces manœuvres dignes d’un système de manipulation de niveau expert. La logique aurait été tout d’abord d’informer la population à l’aide d’informations neutres et de lui demander si elle voulait de ce service (malgré les dégâts pour l’environnement, qui sont prouvés), et non de lui enfoncer de force dans la gorge, en allant aussi bas que de commander un sondage bidon, avec notre argent, faut-il le rappeler.

Ce n’est pas sur les perceptions et les opinions qu’il faut s’attarder, mais sur les faits. Il faut écouter les scientifiques, et ceux-ci nous mettent fortement en garde contre le recours au Bti. Si les gens ont la perception que la Terre est plate, il va falloir la redessiner plate? Ce comportement irrationnel est incroyablement désolant de la part d’élus. Mais que cache cet acharnement qui défie toute logique?

Citoyens de Shawinigan, vous n’êtes pas écœurés de vous faire enfirouaper?

Chantal Caron

Shawinigan