La distan... quelque chose!

Carrefour des lecteurs
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Le Nouvelliste
OPINIONS / Quand un nouveau phénomène, un nouveau produit, une découverte ou une invention font leur apparition, les néologismes – ces mots nouveaux pour décrire la nouvelle réalité – trouvent leur place dans les conversations.

Notre langue française évolue; elle s’adapte aux nouvelles réalités et elle crée les mots pour décrire ces nouveautés. Notre langue est donc vivante; elle sait s’ajuster, se modifier, se modeler aux découvertes.

La pandémie que nous vivons actuellement, causée par la COVID-19, n’échappe pas à cette «réaction linguistique».

Les «covidiots», les «covidiens», la «covidie», la «covid»… sont des exemples de notre «génie linguistique créateur» à nommer, à désigner, à identifier un nouveau phénomène. C’est bien! C’est très bien même, puisque cela assure la survie de notre langue.

Là, cependant, ou j’ai «mal aux mots», c’est lorsqu’un «pseudo-génie-créateur» utilise un mot déjà existant dans notre langue, pour lui donner une signification autre que celle officiellement attribuée, par ses origines et sa signification, et inscrite aux dictionnaires.

Qui est donc le «Fou du Roi» qui a décidé d’appeler la «distance de 2 mètres à appliquer entre 2 personnes» la «distanciation»? Et pis encore, la «distanciation physique», comme si la distanciation pouvait être physique, intellectuelle, spirituelle, philosophique?

Larousse et le Petit Robert et même le Multi s’entendent pour dire que le mot «distanciation» signifie: «Recul pris par rapport à un événement».

La COVID-19 a certainement obligé notre gouvernement à prendre du recul par rapport à la pandémie; une «distanciation» dirais-je alors avec justesse.

Mais, les gens n’ont pas nécessairement pris une distanciation malgré l’obligation de tenir une distance de 2 mètres entre eux.

Pourquoi alors utiliser un mot (difficilement prononçable de surcroît) qui ne correspond pas à l’espace qui sépare deux personnes… pour leur signifier de se maintenir à 2 mètres l’une de l’autre en considérant les dangers de la contagion?

Une «distance» de 2 mètres doit être maintenue… Une «distance» de 2 mètres est imposée… Gardons une «distance»...

Tout simplement, le mot «distance» aurait été compréhensible et surtout, «disable» (prononçable et compréhensible) par tout le monde!

Pourquoi donc alors utiliser un mot qui ne correspond pas à ce qui est exigé par les règles du vocabulaire?

Imaginez une «consigne gouvernementale», concernant le port du masque obligatoire dans les lieux publics, qui mentionnerait que «la masqueturbation» est obligatoire dans tous les lieux publics.

Alors, Monsieur le «Fou du Roi», quand allez-vous émettre une consigne, mentionnant l’obligation de nous «masqueturber»; mettre et retirer le masque, à répétition, dans chacun des lieux publics fréquentés?

Je crois, qu’il y aurait lieu, ici, de prendre une certaine «distanciation» avant de créer ce néologisme farfelu, n’est-ce pas?

Garder «simplement» une distance de 2 mètres entre nous et porter le masque dans les lieux publics, ne conviendrait-il pas?

Ainsi, tout le monde comprendrait, mêmes les moins avisés, qu’il est sage de se protéger pour éviter la contagion.

Gardons-nous donc une «p’tite gêne covidienne» de 2 mètres tout en portant le masque et lavons-nous souvent les mains!

Jean Paquette

Trois-Rivières