La dimension «consommateur» du citoyen tend à prendre toute la place

À une station-service de Trois-Rivières il y a quelques jours, je constatais qu’on offrait un rabais de deux sous le mardi pour un certain type de carburant et je songeais par la suite aux nombreux consommateurs venant docilement faire la file aux pompes cette journée-là pour en bénéficier.

Combien de fois, de nos jours, me disais-je, la dimension «consommateur» du citoyen est-elle sollicitée?

Il n’y a plus rien maintenant que nous puissions faire, acheter, sans que n’interviennent une foule d’impondérables qu’on nous invite, justement, à pondérer, à calculer à l’extrême. Rien qui ne puisse être réalisé sans que nous soyons appelés à mesurer l’infinie de catégories de possibilités qui s’offrent à nous.

Par exemple, on va vous suggérer d’utiliser telle carte de paiement, de fidélisation ou de crédit pour effectuer une transaction quelconque et pouvoir, au même moment, bénéficier de précieux points qui eux-mêmes vont vous paver l’avenir d’un éventail d’avantages qui, si vous vous en passez, ne feront que vous pénaliser…

Les citoyens ne sont plus que des consommateurs otages d’une panoplie d’attrapes, d’astuces, de coupons-rabais et autres trucs de marketing tous plus raffinés, inventifs, abrutissants les uns que les autres qui vont leur suggérer, sous peine d’être sanctionnés, de notamment faire le plein le mardi plutôt que tout autre jour de la semaine…

Et pendant qu’à cœur de jour, donc, avec ce qui n’est au fond que de la réclame (une pernicieuse incitation, la plupart du temps, à acheter davantage, à dépenser sans raison et peut-être à s’endetter), on siphonne toute leur attention, leurs énergies, les citoyens ne font plus la distinction entre ce que pourrait être une vie épanouie et celle que le murmure marchand (dixit Alain Minc) leur impose.

Réjean Martin

Trois-Rivières