La dame centenaire

OPINION / Je travaillais en résidence privée comme préposé aux bénéficiaires mais je me percevais davantage comme un «préposé aux soins», tant les actes de délégation étaient nombreux. C’était au cours de la nuit du 7 octobre 2012. Je rappelle que Trois-Rivières était à cette époque la 2e région la plus âgée au Québec.

Pour la plupart, l’âge des résidents de mon unité se situait alors entre 80 et 100 ans, et parfois un peu plus. Parmi eux, une dame centenaire, intelligente et très articulée. C’est avec cette dame que j’ai compris que les gens âgés ont des trésors d’expériences vécues dans le cœur, et qu’ils savent les partager lorsqu’un lien de confiance est établi.

Il arrive souvent la nuit que les gens en perte d’autonomie, physique ou autre, aient besoin d’aide pour se déplacer ou pour des traitements. La dame a activé sa sonnerie. J’ai accouru, elle n’avait besoin que d’un peu de ma force physique pour se lever et se rendre au petit coin.

Nous conversions amicalement lorsqu’elle me raconta l’appel téléphonique de sa sœur. Ces dames avaient l’habitude de s’appeler le soir avant d’aller dormir; elles habitaient la même résidence mais sur des étages différents.

La sœur de la dame, toute joyeuse, lui dit ce soir-là avant d’aller au lit : «J’ai enfin retrouvé la médaille de la Vierge que j’avais perdue! Courage, courage!»

La dame, émue, me dit: «J’ai trouvé le ton de sa voix un peu étrange, mais j’étais heureuse parce que je savais que c’était important pour elle. Au petit matin, on est venu m’annoncer que ma sœur était décédée durant son sommeil.»

L’appel de sa sœur a sans aucun doute permis à cette dame de mieux vivre son départ.

Des récits comme celui-là ou sur le sens de la vie au cœur des gens qui vivent en résidence, les préposés de tout le Québec peuvent vous en raconter plusieurs.

Le protocole des soins et des actes délégués est majeur, mais travailler avec compassion peut vraiment aider les gens. La compassion donne du sens à la beauté de la vie; elle peut modérer des craintes sur l’état de santé et parfois guérir certains maux. Les bons médecins le savent.

Christian Rochefort

Trois-Rivières