La crise des médias

OPINIONS / Nous vivons présentement ce qui est présenté comme la «crise des médias». Il s’agit en fait d’une période trouble pendant laquelle les médias tels que les journaux et la télévision vivent les contrecoups des changements dans les habitudes des consommateurs, des auditeurs et des lecteurs. Il n’est certainement pas nécessaire de rappeler à quel point Internet bouleverse les façons de faire et à quel point les grandes entreprises numériques ont su capitaliser sur les nouveaux canaux qu’ils ont eux-mêmes créés.

Notre Nouvelliste est touché par les changements, tout comme plusieurs autres médias d’ici et d’ailleurs. Ils ne sont pas les seuls car pratiquement tous les secteurs d’activité sont aussi affectés par Internet. Le commerce de détail, le marché immobilier, le secteur financier, le divertissement et l’art. Les agents et courtiers sont désormais de moins en moins nécessaires pour accéder à un produit ou un service puisqu’Internet est un pont en lui-même. Il faut donc que tout un chacun compose avec une nouvelle réalité et l’obligation d’offrir une plus-value additionnelle. C’est ce que plusieurs font déjà et il n’y a aucune raison qui empêche les médias d’avancer en ce sens.

Qui est responsable de cette crise? Les «GAFA» (Google, Amazon, Facebook, Apple)? Ou encore Netflix et les autres? Ou n’est pas simplement une période d’une grande évolution des pratiques qui fait des victimes, tout comme l’arrivée du téléphone a fait disparaître le télégraphe. Doit-on systématiquement cibler comme grands responsables les sociétés informatiques, qui d’une part nous offrent des produits et services qui répondent mieux aux attentes, mais qui d’autre part se sont accaparé 90 % des revenus en publicité numérique à défaut d’une compétition locale organisée? Ou encore ne devrions-nous pas se questionner sur la capacité d’évoluer des médias du Québec et surtout leur aptitude à voir venir les tendances? Ne devrions-nous pas également nous pencher sur ce que nous avons à offrir d’unique que les GAFA n’ont pas, ainsi que d’une meilleure façon d’offrir nos contenus, produits, services, etc. et ça, en considérant les nouvelles attentes des consommateurs?

Les 5 millions $ ici et là en fonds d’aide pour les médias sont à la fois insuffisants pour sauver cette industrie et à la fois durs à avaler pour les payeurs de taxes. Après tout, les bouleversements affectent aussi bien d’autres secteurs.

Il faut par ailleurs se poser la question suivante: qu’est-ce qui est essentiel? L’information ou les médias? Je rappelle que les sommes investies l’ont été pour sauver des médias et non pas pour accompagner les journalistes ou les acteurs du milieu durant la transition.

L’information locale est nécessaire, voire essentielle. Son absence ferait un tort considérable à notre société. Traditionnellement, sa diffusion s’est autofinancée (sauf pour la SRC et Télé-Québec) et cela doit être à nouveau le cas. Il est temps que les «start-ups» et les gens d’affaires trouvent une solution à cette crise. Il est aussi temps d’envisager que les façons de faire devront être véritablement repensées.

La transition sera dure et des compromis devront être acceptés. Les subventions, surtaxer les GAFA ou encore la nationalisation des médias ne sont pas des solutions à long terme. Tenter de culpabiliser les lecteurs qui ont déserté et qui passent davantage de temps sur Facebook ou Netflix n’est pas une solution non plus. Facebook et Netflix n’ont été forcés à quiconque. La solution doit s’imposer d’elle-même aux consommateurs et le journalisme doit demeurer indépendant et viable. Par ailleurs, les GAFA ne répondent pas à tous les besoins des citoyens du Québec. Aussi bien capitaliser sur ça.

Gaétan Bouchard

Trois-Rivières