L'auteur de cette lettre dénonce l’immobilisme du gouvernement fédéral dans le dossier de la pyrrhotite.
L'auteur de cette lettre dénonce l’immobilisme du gouvernement fédéral dans le dossier de la pyrrhotite.

La crise de la pyrrhotite et l’engagement du Parti libéral du Canada

OPINION / L’auteur, Marc-Olivier Gagné, est une des victimes de la pyrrhotite à Trois-Rivières. Il habite maintenant à Québec, dans la circonscription de Louis-Hébert, et adresse cette lettre à son député fédéral, Joël Lightbound, qui est également secrétaire parlementaire du ministre de la Sécurité publique et de la Protection civile.

Monsieur le Secrétaire parlementaire,

Je me présente, Marc-Olivier Gagné. Je suis résident de la circonscription de Louis-Hébert et une victime de la pyrrhotite en Mauricie. Je vous écris afin de dénoncer l’immobilisme de votre gouvernement dans cette affaire, mais surtout, vous inviter à agir en la matière.

Permettez-moi tout d’abord de vous présenter brièvement ce qu’est la pyrrhotite. Il s’agit du plus important vice de construction résidentielle de l’histoire canadienne. Environ 8000 maisons, construites entre 1996 et 2008 en Mauricie, l’ont été en utilisant une pierre impropre à la construction, conduisant à des problèmes majeurs pour les fondations. Cela a notamment fait chuter la valeur des propriétés et les coûts de réparations sont astronomiques (dépassant en moyenne plus de 180 000 $). Résultat : cette situation a des conséquences dramatiques sur les familles victimes. Depuis 2009, celles-ci doivent composer avec la dépression, les faillites, la détresse psychologique et parfois même des suicides.

Après deux procès et environ dix ans d’attente, plus de 850 victimes de la pyrrhotite en Mauricie viennent enfin d’obtenir justice via le jugement final de la Cour d’appel. Cela permet de tourner la page sur plus d’une décennie d’attente pour ces victimes dites de la vague 1.

Toutefois, d’autres procès doivent être amorcés pour plusieurs autres centaines de victimes, dont ma famille. C’est donc dire que la crise est loin d’être terminée.

En 2015, votre formation politique s’était textuellement engagée «à reconnaître la crise de la pyrrhotite comme étant un véritable désastre économique et humain qui nécessite une aide et une collaboration des divers acteurs concernés, soit le fédéral, le provincial, les municipalités et les représentants des victimes». Ceci, en recrutant comme candidat pour Trois-Rivières le cofondateur de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite, M. Yvon Boivin. Ces mots et gestes avaient suscité des attentes très élevées. Malheureusement, à ce jour, les gestes n’ont pas été en adéquation avec ces attentes.

En effet, votre collègue de la circonscription de Saint-Maurice–Champlain, M. François-Philippe Champagne, n’a, à ce jour, jamais voulu rencontrer nos représentants de la Coalition des victimes de la pyrrhotite. En contradiction avec l’engagement cité plus haut, les représentants des victimes n’ont même pas été invités à l’annonce d’une contribution non récurrente de 30 M$ au fonds d’aide (qui est en fait un prêt sans intérêt). Je comprends qu’il s’agit d’un montant qui peut sembler impressionnant à première vue. Toutefois, il faut considérer que la facture de la première vague, après avoir trainé plus de dix ans, dépasse largement les 200 M$. Les estimations les plus pessimistes parlent d’une crise avoisinant le milliard de dollars.

Une autre perception erronée est que, s’il reste de l’argent dans le fonds d’aide, c’est que la crise est circonscrite. Tout d’abord, il n’y a pas que la question monétaire qui nécessite de l’attention. Ensuite, si l’argent a mis un certain temps à trouver preneur c’est parce que l’aide maximale s’élève à un prêt de 75 000 $, mais le coût moyen des travaux s’élève à plus de 180 000 $. Les victimes qui avaient les liquidités ou l’équité pour combler l’écart ont réalisé les travaux. Malheureusement, d’autres n’en ont pas les moyens et, paradoxalement, ne peuvent profiter du fonds d’aide. En attendant, ces familles espèrent que les moisissures n’envahissent pas leur maison et que cette dernière ne s’écroule pas sur eux.

Voilà pourquoi votre ancien collègue candidat Yvon Boivin s’est adressé publiquement au premier ministre Trudeau en début d’année; en demandant que les pénalités de 285 M$ imposées à SNC-Lavalin servent à bonifier adéquatement le fonds d’aide aux victimes puisque la firme est reconnue coupable de nos malheurs à 84 %.

À ce sujet, la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite a fait un travail extraordinaire afin d’établir un plan financier qui permettrait de préserver la santé et la sécurité physiques et financières de tous. Pourtant, à la consternation des victimes et de nos représentants, votre collègue François-Philippe Champagne, et votre gouvernement s’entêtent à renier la promesse initiale dans notre dossier.

En conclusion, je m’explique très mal cette volte-face aux conséquences dramatiques, particulièrement dans l’optique où votre gouvernement n’a ménagé aucun effort financier pour venir en aide à une quantité phénoménale de Canadiens dans le cadre de la COVID-19. Ainsi, je redoute qu’il y ait peut-être une erreur d’interprétation ou de perception de votre gouvernement dans cette crise en général. C’est pourquoi je m’adresse à vous afin de jeter un regard nouveau sur cette situation (qui est aussi un problème de sécurité civile) et de rencontrer les victimes et leurs représentants de la Coalition d’aide aux victimes de la pyrrhotite.