La création des cégeps ne pouvait pas mieux arriver

JEAN-CLAUDE SOULARD CHAPITRE 2 DE 7
Dix ans avant les premiers cégeps, 1957, j’aurai 12 ans en novembre. Je suis en 7e année, et je termine mon primaire à l’école Saint-Jean-Bosco de la rue Saint-Paul (aujourd’hui le pavillon Alexandre-Soucy). Chez nous ça s’appelle «La P’tite Pologne» ou, encore, la paroisse Saint-François-d’Assise. Qui deviendra un quartier avant de se fondre dans un district électoral. C’est une enclave bordée par les rues Whitehead, Saint-François-Xavier, Saint-Paul et Lanctôt. On n’est pas riche mais on a du cœur.

L’école des gars est dirigée par les Frères de l’Instruction Chrétienne (les frères à croix) qui demeurent en face du presbytère. De biais avec l’école des filles, rue Sainte-Catherine, où enseignent les Filles de Jésus.

Le rythme de chaque année est cadencé par l’Église catholique. Le vicaire Joinville est compréhensif. Le curé Landry non. M. Pellerin fait les plus belles décorations de la ville (c’est sûr!) pour Noël, Pâques, les premières communions, la communion solennelle, la procession de la Fête-Dieu, la Saint-Jean-Baptiste et les autres célébrations d’usage.

Y a rien de plus important que l’Église. Nous, les plus jeunes, on ne sait pas vraiment qu’il y a un maire. Même si on sait qu’il y a un échevin [y reste en bas de la côte] et une caisse populaire dans une maison privée, rue Sainte-Catherine.

Bientôt notre corps va commencer à utiliser ± 80 % de nos stocks de neurones pour finir la job. C’est-à-dire que vont commencer les transformations biologiques qui feront de nous des personnes sexuées fonctionnelles. Capables de faire des enfants.

On entend, parfois, quand on peut faire des enfants, on n’est plus un enfant.

Un mot a été désigné d’office: l’adolescence, teenagers. On devient des ados. On ne sait pas encore que notre cerveau prendra ± 13 ans supplémentaires avant d’être considéré comme modelé… à 25 ans.

À cet âge ingrat, on doit donc décider – même si ce sont les parents qui décident – soit d’arrêter d’aller à l’école et de travailler, ou aller deux ans à l’école des Arts et métiers, rue Saint-François-Xavier, ou essayer d’aller au Séminaire Saint-Joseph pour y faire le cours classique de huit ans. Si on est accepté et que quelqu’un paie pour la scolarité. Encore là, il y en a qui refusent.

On peut aussi continuer au secondaire pendant cinq ans (de la 8e à la 12e). Les deux premières années se donnent dans la paroisse.

La plupart restent à Saint-Jean-Bosco. Mes amis et moi aussi. Après la 9e, on peut monter à l’Institut de Technologie, rue de Courval, pendant trois ans. Ou se diriger à la grosse Académie De-La-Salle, coin Laviolette et Saint-Pierre, pour y faire la 10e, la 11e et la 12e.

Ce sont les Frères des Écoles Chrétiennes (les frères à bavettes) qui dirigent l’école. On est soit en Sc-Math, Sc-Lettres, Commercial ou Général. En fait, ce sont nos résultats scolaires des 8e et 9e qui nous classent dans un régime ou un autre.

Mais, l’affaire est claire: après la 9e t’es plus chez vous. Tu sors. Pour travailler, étudier, bummer. Peu importe… mais, tu sors.

En 1960-61 et 1961-62, mon changement de régime scolaire opère. Ma détestation de l’école vient de commencer. Moi qui l’adorais avant.

J’haïs les Frères. J’haïs aller là. Le Frère Elzéar est directeur et responsable des Sc-Math. Il m’assigne mon orientation: la physique d’ingénierie ou de recherches, ou encore l’architecture. J’le prends pas.

Je joue au hockey organisé (pratiques et parties); camelot de deux journaux quotidiens; livreur de prescriptions pharmaceutiques pour la Pharmacie Gouin coin Saint-Paul et Williams; porteur de commandes pour la Boucherie Pélissier sur Williams. Me tiens au Centre Landry, centre paroissial, pour les chums, le hand-ball, le ping-pong, le «hockey de salon», le volley-ball. Entre autres.

Pour ma mère, je dois arriver dans les cinq premiers de ma classe. Pas simple. Hyperactif? Pas sûr!

J’engraisse de 30 livres. Mon plus gros fun est de clencher le Frère Jules au ballon-balai, à la récréation. Il m’énerve et me fait «sortir du pas-bon». J’ai l’insolence des 15-16 ans. Pas joli! Ne suis pas un produit fini non plus.