L’auteure de cette lettre s’interroge sur la valeur actuelle de la cote R habituellement indispensable pour être accepté dans des programmes universitaires. La suspension des cours entraînée par la pandémie n’a pas permis à tous de la faire fructifier équitablement.
L’auteure de cette lettre s’interroge sur la valeur actuelle de la cote R habituellement indispensable pour être accepté dans des programmes universitaires. La suspension des cours entraînée par la pandémie n’a pas permis à tous de la faire fructifier équitablement.

La cote R a-t-elle été pensée en fonction de n’importe quelle éventualité?

OPINIONS / Je suis présentement étudiante au Cégep de Trois-Rivières en Sciences humaines, profil individu. Même après m’être fait opérée en raison d’une appendicite trois semaines avant la fermeture des portes de mon cégep, je continue de donner des efforts pour avoir de bons résultats dans les huit cours que je suis. J’ai de bonnes notes, et la cote R que j’espérais avoir en fin de session m’aurait beaucoup aidé à rencontrer les critères pour être admise en droit. C’est le programme dans lequel je désire entrer et il demande beaucoup d’acharnement. L’arrivée inattendue et monopolisante de la COVID-19 m’oblige, moi aussi, à m’adapter et à développer de nouvelles habiletés. Elle nous met toutes et tous dans un état d’esprit différent et stressant. Le confinement et les cours à distance ne ménagent personne, mais elle frappe plus fort pour certains.

La décision qui touche tous les cégeps du Québec de donner à l’ensemble des étudiants sans distinction une mention de Succès ou d’Échec, et de suspendre la cote R, est probablement nécessaire en raison des circonstances actuelles. Plusieurs personnes ne peuvent pas poursuivre leur session normalement, performent moins bien à leurs évaluations, et sont injustement désavantagées par le contexte sur lequel nous n’avons aucune prise. Mais je pense qu’il est faux de dire que cette décision «rend la vie plus facile à tout le monde pour la fin de session.» Cette décision «facilite la vie» de bien des étudiants, peut-être de celles et ceux qui en ont le plus besoin, mais elle est aussi pénalisante pour d’autres. C’est mon cas.

Il est nécessaire de se soucier de celles et ceux qui sont défavorisés par nos choix de société. Si nous ne le faisons pas, l’injustice prendra davantage de place dans notre société. En plus, leur avenir pourrait également être compromis par cette malchance. Le manque de motivation, de soutien et de matériel durant cette période intense est difficile pour un étudiant du cégep. Je sais qu’il est donc impératif que la session se termine en ne les désavantageant pas encore plus, et j’en suis entièrement d’accord et consciente.

De plus, les cégeps n’ont pas tous eu la même capacité à s’adapter à la situation. Ce serait donc inimaginable de comptabiliser les cotes R comme si de rien n’était. Bien entendu, tous les étudiants de tous les cégeps du Québec doivent être traités équitablement.

Ces deux arguments d’injustices sont très présents en ce moment et ils doivent être pris en compte, car ils ne sont pas banals.

Sous un autre angle, la suspension de cette cote pénalisera plusieurs d’entre nous. La première session du collégial est pour plusieurs la plus difficile. Elle marque un énorme saut depuis le secondaire. Beaucoup plus de devoirs, d’étude, d’organisation, de professeurs différents, de nécessité d’autonomie, etc. Pour moi, ce fut la plus difficile d’adaptation. Malgré mon opération, et malgré les résultats qui n’étaient pas à la hauteur de mes attentes à cette première session, j’étais en bonne voie d’obtenir une meilleure et très bonne cote R cet hiver.

Cette suspension de la cote R change les plans de celles et ceux qui font leur cégep en quatre sessions. Puisque les demandes d’admission à l’université sont faites vers le mois de mars de chaque année, seulement trois sessions sur quatre sont normalement prises en compte dans le calcul de la cote R. L’annulation de celle de cette session-ci réduit ce nombre à deux. Seulement deux chances de bien performer pour se classer dans le programme universitaire de son choix. L’équivalent de huit mois pour qu’il soit décidé de leur avenir, décidé si nous avons une «assez bonne» cote R pour faire le métier que nous convoitons. Puisque, comme mentionné plus haut, la première session est normalement la moins réussie, il ne nous reste qu’une session pour faire nos preuves. Et si les cours où nous performons le mieux se situent dans les sessions non comptabilisées? Comment bien arranger tout cela pour que ça soit équitable, et juste, pour tout le monde?

La raison pour laquelle j’écris aujourd’hui est la suivante: la cote R, en fin de compte, n’a pas été pensée et créée en fonction des possibles épreuves et circonstances de la vie. Devrait-on se fier à ce seul critère pour déterminer de l’admissibilité des étudiants dans le programme de leurs rêves? Plus important encore: est-ce que la cote R sera perçue de la même manière à la suite de la crise de la COVID-19?

La suspension de la cote R de la session d’hiver 2020 est certainement une décision sage dans les circonstances. Par contre, puisque cette décision pénalise également certains étudiants, est-ce qu’on ne pourrait pas faire preuve de plus de souplesse, d’accommodements? Pour celles et ceux qui, comme dernière chance, ont besoin de la cote R de la session en cours pour atteindre leur but? Pour ceux qui n’avaient pas nécessairement de bonnes conditions aux sessions précédentes et qui ont cependant trouvé la motivation, le courage et la force de s’investir dans leurs études? Pour celles et ceux qui, avant la vague d’épidémie, étaient sur la bonne voie de réussir leur session?

Le contexte actuel a changé le monde de plusieurs façons. Dans ce monde nouveau, comment faire en sorte que nous ayons encore la chance d’être admis dans le programme de notre choix, peu importe notre situation financière, familiale et sociale?

Mathilde Milot-Beauchesne

Étudiante en Sciences humaines, profil individu

Cégep de Trois-Rivières