L'église Saint-Pierre de Shawinigan.

La conversion de Saint-Pierre

Tandis que Saint-Paul se remet péniblement de son long déluge à Grand-Mère, nous apprenons que Saint-Pierre suinte de toutes parts dans le vieux Shawinigan et qu’il est pratiquement condamné à la besace dans les prochains mois. Visiblement, le proverbe «Déshabiller saint Pierre pour habiller saint Paul» perd tout son sens dans le contexte shawiniganais. Ce serait d’ailleurs le lot de la majorité de nos églises au Québec. Bon nombre de ces trésors patrimoniaux sont en train de disparaître de nos paysages ruraux et urbains. Bon an mal an, les représentants des fabriques paroissiales tentent par tous les moyens de préserver ce qu’il reste de ces temples en décrépitude, ne serait-ce qu’en les vendant en derniers recours aux plus offrants.

Or, à la suite de la récente bénédiction du fédéral sur le plan législatif, pourquoi ne pas saisir l’occasion pour passer justement de la culture religieuse à la culture hydroponique du cannabis? À ce que je sache, ces édifices possèdent pour la plupart de très grandes aires cultivables, évidemment dans la mesure de savoir planter à la verticale de par l’ajout de plates-formes étagées. Prenons le cas de Saint-Pierre, nous pourrions même profiter de cette gigantesque serre pour y intégrer éventuellement un centre d’interprétation de la culture du cannabis, ouvert au grand public. Vous vous imaginez l’engouement d’un tel concept! Visitez une plantation de cannabis tout en profitant des vitraux de Guido Nincheri, sans parler de l’acoustique sans pareille de cet orgue Casavant fraîchement remis à neuf.

Et parlant de conversion, puisqu’il en coûte cher, semble t-il, pour chauffer ces imposants édifices d’une autre époque, les nouveaux marchands pourraient facilement demander une tarification réduite à Hydro-Québec, en passant du mazout à l’électricité.

Car, après tout, c’est bel et bien le gouvernement du Québec qui deviendra dès cet été l’actionnaire principal et responsable de la distribution et de la vente du cannabis à la grandeur de la Belle Province. Entre vous et moi, il s’agit ici d’un placement drôlement plus rentable et beaucoup moins risqué que celui octroyé dernièrement à Bombardier. Pensez-y bien: fumer du cannabis qui aurait été produit dans la maison du bon Dieu. De quoi se voir pousser des ailes dès la première puff. Prenez et fumez-en tous, ceci est mon corps livré pour vous...

Sur le plan politique, le point commun entre notre député provincial Pierre Giguère et l’église Saint-Pierre, c’est que tous deux sont appelés à disparaître prochainement du terroir shawiniganais. Alors vous, M. Giguère, dont la vocation première était l’agriculture, je vous verrais bien piloter en toute confiance un tel dossier. Une pierre deux coups!

D’une part, vous contribuez directement à sauver le patrimoine religieux qui demeure cher à vos électeurs, et d’autre part vous rentabilisez à peu de frais ce même patrimoine en le verdoyant à la verticale.

Regardez le franc succès qu’a connu la réhabilitation de l’ancienne Wabasso, convertie en un centre d’entrepreneuriat fort prisé en ce moment dans l’ensemble du Québec. À mon humble avis, avec un petit brin d’audace et d’ingéniosité, la même recette pourrait aussi s’appliquer pour l’église Saint-Pierre. Après le Trou du Diable, pourquoi pas maintenant la Puff Céleste!

Bref, pour la conversion assurée de Saint-Pierre, il suffit de réciter cette prière dix fois par jour, et votre souhait sera exaucé: Je vous salue Mari, pleine de «grass»; Le «pusher» est avec vous; Vous êtes bénie entre toutes les flammes; Et Marley le fruit de vos entailles est béni. Sainte-Mari merde dieu; Priez pour nous pauvres fumeurs; Maintenant et à l’heure de notre mort. Amène!

Vital Filion

Shawinigan