Selon François Vigeant, les prochaines élections pourraient nous permettre de voir certaines personnes aux antécédents étonnants élues à différents postes. Si la tendance se maintient, l’absence d’expérience pertinente pour gérer l’État devrait même, selon lui, être un atout pour les candidats. Il formule aussi un petit conseil: lorsque vous irez voter la prochaine fois, peu importe le palier de gouvernement, ne pensez pas uniquement au plaisir de la révolte, mais aussi aux résultats de ce qu’il adviendra de votre décision.

La colère des électeurs

L’auteur, François Vigeant, est avocat. Il commente aussi l’actualité sur différentes tribunes depuis plusieurs années, dont sur les ondes de FM 106,9.

Le 20 janvier 2017, Donald Trump, un homme manifestement perturbé, est devenu le 45e président des États-Unis d’Amérique.

Au moment de son assermentation, Trump n’avait aucune expérience pertinente en gestion publique et n’avait aucune notion de politique, qu’elle soit intérieure ou internationale.

En toute connaissance de cause, le pays le plus puissant du monde a élu un électron libre à la tête de son pays et de son armée.

Le 5 mai 2017, les Français ont élu comme président de la République, Emmanuel Macron.

Macron est un banquier et il n’a aucune expérience pertinente pour diriger une république ou pour la gérer.

Bien que sa personnalité soit aux antipodes de Donald Trump, il partage avec lui une caractéristique commune: ce sont des anti-politiciens.

Au Canada, nous avions pris les devants.

Nous avions déjà élu un premier ministre qui n’avait, comme toute qualification pour devenir chef d’État, qu’un nom de famille célèbre, un groupe d’amis influents, un peu d’expérience comme député et une bouille sympathique.

À Montréal, le 5 novembre 2017, Valérie Plante, femme politique fort peu connue, du moins à l’extérieur de Montréal, l’emporte sur Denis Coderre, un politicien professionnel. Elle est diplômée en anthropologie avec une maîtrise en muséologie.

Elle aussi sera élue parce qu’elle n’est pas une professionnelle de la politique.

Le 12 décembre 2017, un des votes les plus importants de mémoire récente américaine a lieu au poste de sénateur pour représenter l’État de l’Alabama.

Alors que les républicains mènent à 52 contre 48 contre les démocrates pour le contrôle du Sénat américain, l’élection opposant le républicain Roy Moore au démocrate Doug Jones prend une importance nationale.

Roy Moore a des opinions assez singulières considérant que celles-ci sont exprimées dans un pays civilisé.

Il déclare, par exemple, que «la plus belle partie de l’histoire américaine est celle de l’époque de l’esclavage puisqu’en ce temps-là, les familles américaines étaient unies».

Il déclare également que l’homosexualité devrait être illégale au même titre que la bestialité.

Huit victimes alléguées de Moore l’accusent de les avoir agressées sexuellement alors qu’elles étaient adolescentes, dont une fille de 14 ans et dont l’histoire n’a pas été sérieusement mise à mal par le candidat.

Roy Moore est l’anti-politicien et Jones est le politicien professionnel.

À la fin, Jones l’emporta par 1 % du vote sur Roy Moore.

Quand les habitants d’un État américain sont disposés à voter pour un candidat qui est considéré par une partie importante de la population comme un pédophile, qui s’ennuie de l’esclavage et qui considère l’homosexualité comme un acte criminel, on n’est pas très loin de la fin du monde.

Où cela va-t-il nous mener pour 2018?

Un proverbe soviétique de l’époque de Staline disait ceci: «L’avenir est facile à prédire, c’est le passé qui est imprévisible».

Pour ma part, j’ai l’habitude de dire que l’avenir est facile à prévoir puisque ce n’est que la suite de ce qui s’est déjà passé.

Considérant ce qui précède, voici donc mes prédictions pour 2018.

• Les Américains seront en guerre, bien que je ne sois pas en mesure de vous dire contre qui et pourquoi;

• Le Canada continuera de s’endetter et nous continuerons à remettre des millions de dollars à qui veut en faire la demande, qu’ils soient ex-terroristes ou revendicateurs en tous genres;

• Les gens vont se promener en bicyclette à Montréal (ils n’auront d’ailleurs plus le choix très bientôt);

• L’élection provinciale de 2018 nous surprendra et nous pourrions assister à l’élection de certaines personnes aux antécédents étonnants pour des carrières politiques. Si la tendance se maintient, l’absence d’expérience pertinente pour gérer l’État devrait être un atout pour les candidats.

Et un dernier mot sur nos attentes envers les politiciens...

Ne vous trompez pas, moi aussi j’en ai ma claque des promesses non remplies, des demi-vérités et de me faire parler en «Mélanie Joly».

Mais le problème, ce n’est pas que les politiciens agissent comme des politiciens. Le problème, c’est que les politiciens sont des humains et que, comme tous les autres humains, ils ne sont pas désintéressés à leur propre sort et vont souvent préférer le bien-être de ceux qui les entourent à celui des inconnus.

À part le Dalaï-Lama et quelques autres égarés, connaissez-vous beaucoup de personnes qui agissent autrement?

En conclusion, lorsque vous irez voter la prochaine fois, et peu importe le palier de gouvernement qui causera votre présence aux urnes, ne pensez pas uniquement au plaisir de la révolte, mais aussi aux résultats de ce qu’il adviendra de votre décision.

Comme le dit un vieux proverbe chinois: «Des fois, la pire chose qui peut vous arriver est de voir un de vos vœux totalement exaucé».

Bonne chance pour 2018, vous risquez d’en avoir besoin.