La Chine et l’environnement

En réaction à la chronique de David Goudreault intitulée «La Chine et les chiffres» publiée dans notre édition du 6 janvier dernier.

Dans son texte, David Goudreault nous incite, avec raison, à nous intéresser davantage à la Chine, à ce qu’elle est, et à ce qu’elle est en train de devenir. Il fait le point qu’il y a de quoi être impressionné, mais aussi inquiet. Je n’ai rien à redire là-dessus.

Par contre, il y a un point où je ne partage pas son opinion, et je cite: «À l’heure du réchauffement de la planète, des catastrophes naturelles et des réfugiés climatiques, tous les efforts environnementaux doivent inclure la Chine. Heureusement, la seconde puissance mondiale ne suit pas l’exemple de la première; alors que les États-Unis se désengagent, la Chine demeure aux tables de négociation. Grand bien nous fasse, s’il n’est pas déjà trop tard.»

Dans le but d’encourager la diversité d’opinion, je me permets de présenter une interprétation personnelle et simplifiée, je l’accorde, du retrait de l’un et du maintien de l’autre.

Le gouvernement fédéral des États-Unis s’est retiré, mais pas les Américains. Le gouvernement central de la Chine demeure à la table de négociation, mais quel est le résultat de son implication?

Aux É.-U., les gouvernements étatiques sont libres de se prononcer et d’agir, exemple la Californie, le Vermont et l’État de Washington entre autres. Nombreux sont les organismes américains qui ont promis de prendre la relève du fédéral et d’intensifier la lutte aux changements climatiques. Le résultat net est que le retrait du fédéral ne change pas grand-chose dans la réalité.

Le cas de la Chine est très différent, celui-ci étant un état gouverné par le parti communiste imposant un régime dictatorial et très centralisé. Seul le gouvernement central peut parler et agir au nom de la Chine.

Comme le mentionne M. Goudreault dans son article, la Chine est déjà une très grande puissance, principalement au niveau industriel et commercial.

Cet état de choses ne dépend pas du Saint-Esprit, mais principalement d’une production énorme d’énergie électrique, constante et stable, à partir principalement de centrales thermiques. Ces centrales font partie d’un programme prévoyant une augmentation importante de celles-ci au cours des deux prochaines décennies.

Vous pensez vraiment que la Chine va mettre un frein à son élan vers un statut de superpuissance? Donc, même si ses centrales et son infrastructure industriel sont émettrices de gaz à effet de serre, sans parler de la pollution, il n’est pas question pour elle de s’engager formellement dans un accord contraignant de réduction de gaz à effet de serre.

Croyez-le ou non, M. Goudreault, c’est la Chine, l’Inde et certains pays de l’Afrique qui ont fait dérailler l’objectif initial de la COP 21 à Paris, fin 2015.

La COP 21 devait représenter un tournant important et un moment historique dans la lutte aux changements climatiques. Les états devaient fournir des prévisions d’émissions pour les années à venir et s’engager dans un programme par étape de réduction d’ici 2050… programme contraignant et vérifiable.

Ça n’a pas passé bien entendu, et cela malgré des pressions intenses de la part des É.-U., de la France et d’autres pays de l’Europe de l’ouest.

Pour sauver la face, et obtenir un accord basé sur un consensus, les organisateurs ont changé leur programme: ils ont mis la charrue en avant des bœufs.

Il est maintenant question d’un contrôle, volontaire, de l’augmentation de la température plutôt que d’un engagement ferme de réduction des gaz à effet de serre.

Prenez connaissance du contenu original de l’accord de Paris pour comprendre pourquoi la Chine est toujours là.

Ken Godin

Shawinigan