La Chapelle de la laïcité

OPINIONS / La laïcité n’est pas un phénomène nouveau. Au milieu des années 60 on a mis fin à l’emprise cléricale sur les affaires de l’État. Paul Gérin-Lajoie a établi le ministère de l’Éducation contre l’avis du premier ministre Jean Lesage et du haut clergé. On assistait à la déconfessionnalisation des écoles du Québec. C’était la révolution tranquille. On a donc formé des enseignants laïques qui ont progressivement remplacé les membres du clergé qui nous avaient instruits jusque-là.

Le concept de laïcité est donc très simple: séparation des Églises et de l’État. Malgré la simplicité du principe, le mouvement laïque québécois a trouvé moyen d’en faire une guerre de religions avec des relents de fanatisme.

Récemment, le gouvernement du Québec a adopté la loi 21 sur la laïcité avec laquelle je suis parfaitement d’accord. Si autrefois la société québécoise était quasi homogène, elle est devenue de plus en plus pluraliste. Or, la loi 21 ne fait que mettre à jour cette laïcité née dans les années 60 puisqu’il fallait réagir au pluralisme social et religieux des années 2000. Ceci m’amène à questionner le rôle négatif du mouvement laïque relativement à la séparation des Églises et de l’État.

Tout d’abord, il n’appartient pas à ce mouvement d’appliquer la loi et d’insulter des personnes en tentant de les exposer au ridicule (diffamation) lors même qu’elles sont dans leur droit. La loi c’est l’affaire des tribunaux. Certaines interventions de ce mouvement sont imprégnées d’une haine viscérale des religions sans égard pour une saine laïcité. Si vous êtes heureux en étant athées ou agnostiques, tant mieux pour vous et je vous respecte. Mais je ne respecte pas votre intolérance qui vous rend souvent bornés.

Au surplus, je suis désolé que le mouvement laïc ou ses membres ait trop souvent permis à quelques foutriquets de vomir sur ce que plusieurs considèrent comme étant l’essence de leur spiritualité.

Une fois que l’on a établi la séparation des religions et de l’État, on ne doit pas confondre laïcité et religion, laïcité et féminisme, laïcité et respect de ceux qui croient en quelque chose. Je pense à une personne qui me disait son mépris pour ceux qui assistent à la messe. C’est de l’intolérance crasse et l’exemple parfait d’un esprit obtus. Paul Gérin-Lajoie n’aurait surement pas approuvé ces cowboys d’une laïcité revancharde.

Enfin, Jean-Paul Sartre et Albert Camus étaient athées. Que nous soyons d’accord ou non avec eux, au moins ils justifiaient leur non croyance par une démarche philosophique qu’ils voulaient rigoureuse (l’existensialisme et la philosophie de l’absurde) contrairement au mouvement laïque qui dit n’importe quoi et qui détériore un climat délicat. La laïcité peut être saine. Ils la font conflictuelle. Dommage.

Serge Gagnon

Louiseville